Guerre tarifaire : Québec dégaine un « bouclier » de 1,5 milliard $ en contrats publics contre « l’intimidateur » Trump
En pleine campagne électorale, la première ministre Christine Fréchette mise sur l’achat local pour protéger les entreprises québécoises de l’escalade commerciale avec Washington.
Environ 1,5 milliard de dollars en contrats publics seront réservés aux entreprises québécoises et canadiennes au cours des quatre prochains mois. C’est la pièce maîtresse du « bouclier » économique dévoilé cette semaine par la première ministre Christine Fréchette pour répliquer à l’escalade de la guerre tarifaire menée par Donald Trump.

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Un conseil des ministres spécial en pleine campagne
La mesure a été adoptée lundi soir lors d’un conseil des ministres spécial, convoqué alors que Christine Fréchette est elle-même en campagne électorale — le Québec se dirige vers un scrutin général le 5 octobre 2026, où elle brigue la circonscription de Trois-Rivières. Devenue première ministre en avril, après avoir succédé à François Legault à la tête de la Coalition avenir Québec, elle doit désormais mener de front la gestion d’une crise commerciale et une campagne électorale.
Elle a présenté les mesures mardi matin à ses bureaux de Québec, entourée du ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie ainsi que du ministre des Affaires municipales. « Comme première ministre, je fais mon choix, je vais me tenir debout pour le Québec », a-t-elle lancé.
L’annonce survient au lendemain de l’entrée en vigueur des contre-tarifs canadiens, la réplique d’Ottawa à la dernière salve tarifaire de l’administration Trump. Selon les calculs de Québec, environ 5 % des importations québécoises en provenance des États-Unis sont visées par ces contre-tarifs annoncés par le premier ministre fédéral Mark Carney — une proportion moindre que dans le reste du pays, où 8 % des importations sont touchées.
Des appels d’offres fermés aux entreprises étrangères
Pour la première fois, Québec droge à des accords commerciaux internationaux. Les entreprises américaines et étrangères ne pourront plus soumissionner à certains appels d’offres publics, notamment pour l’achat de meubles, un secteur particulièrement fragilisé par le conflit commercial. Dans ce cas précis, seules les entreprises québécoises pourront répondre aux appels d’offres.
Le décret adopté lundi soir prévoit trois leviers principaux :
- réserver des appels d’offres aux entreprises ayant un établissement au Québec ou au Canada;
- exiger que les biens visés soient produits ou transformés ici;
- accorder une marge préférentielle pouvant atteindre 15 % selon la valeur ajoutée québécoise ou canadienne aux soumissions.
Pour tous les contrats de moins de 9,2 millions de dollars, le ministère des Transports, Santé Québec et la Société québécoise des infrastructures devront exiger qu’au moins 15 % de la valeur des matériaux et équipements soit d’origine québécoise ou canadienne. Au-delà de ce seuil, des exigences pourront être imposées par décret, au cas par cas. Les sociétés d’État seront elles aussi mises à contribution : elles devront adopter leur propre stratégie d’achat québécois et pourront déroger à la loi actuelle sur les contrats des organismes publics.
Les municipalités et l’ensemble des ministères et organismes gouvernementaux sont concernés par ces nouvelles règles.
Une fraction des contrats publics, mais un signal fort
Christine Fréchette a été claire sur la portée réelle de la mesure : « Il y a 1,5 milliard de contrats qui pourraient être touchés par nos mesures », a-t-elle précisé, en reconnaissant que ce montant ne représente qu’une fraction de l’ensemble des contrats publics accordés par l’État québécois. À titre de comparaison, les ministères et organismes assujettis à la Loi sur les contrats des organismes publics ont octroyé pour 26 milliards de dollars de contrats en 2024-2025.
La première ministre a également admis que la proportion d’entreprises américaines qui soumissionnent habituellement à des appels d’offres publics au Québec demeure limitée, à moins de 10 %. « Ce n’est pas un pourcentage très élevé, mais ça reste que ce sont des entreprises pour lesquelles il devient plus difficile de se positionner pour l’obtention d’un contrat », a-t-elle nuancé, ajoutant que les soumissions des entreprises québécoises seront du même coup avantagées par la marge préférentielle.
Le dossier Bombardier ajoute à la tension
Le climat s’est encore tendu avec une publication de Donald Trump visant directement Bombardier, fleuron industriel montréalais qui représente près de 15 % des exportations québécoises. Jusqu’ici épargné par les tarifs américains, le secteur aérospatial se retrouve désormais dans la mire du président américain, une situation que le gouvernement dit surveiller de près.
Christine Fréchette a par ailleurs affirmé que Mark Carney avait « ajusté le tir » de sa riposte tarifaire à la suite de récents échanges avec son gouvernement — une affirmation qu’Ottawa a démentie, précisant qu’aucune mesure n’avait été modifiée récemment et que la liste des produits visés par les contre-tarifs canadiens est demeurée inchangée depuis le 26 août.
Une opposition partagée entre appui et scepticisme
Les chefs de l’opposition ont été conviés à une rencontre d’information virtuelle après le conseil des ministres, mais l’exercice a été accueilli avec une bonne dose de scepticisme. Plusieurs adversaires de Mme Fréchette — à l’exception de la cheffe de Québec solidaire, Ruba Ghazal — ont dénoncé une opération davantage électorale qu’une réelle concertation. Le chef conservateur Éric Duhaime a carrément boycotté la rencontre, tandis que le chef libéral Charles Milliard y a participé, mais « à contrecœur », a-t-il pris soin de préciser.
Au-delà des contrats publics, Christine Fréchette a également invité la population à privilégier elle aussi l’achat local, insistant sur l’inquiétude ressentie par de nombreux Québécois : « Je sais qu’il y en a plusieurs d’entre vous qui êtes inquiets, inquiets pour votre emploi, pour votre sécurité financière, pour celle de votre famille. »
Sources : La Presse, Radio-Canada.



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