Présidentielle 2027 : la promesse de régularisation de Mathilde Panot relance la bataille de l’immigration
Invitée dimanche 6 septembre du « Grand Oral 2027 », coproduit par BFMTV et Le Figaro, la présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale a détaillé les contours d’une politique de régularisation qu’elle promet en cas de victoire de la gauche insoumise à la présidentielle. Sans avancer de chiffres, elle assume une rupture nette avec la doctrine migratoire actuelle.
C’est un exercice devenu rituel à sept mois du premier tour de la présidentielle : chaque semaine, un responsable politique se prête au « Grand Oral 2027 », le nouveau format d’entretien lancé conjointement par BFMTV et Le Figaro. Après le député du Rassemblement national Jean-Philippe Tanguy la semaine précédente, c’est Mathilde Panot qui a occupé, dimanche soir, le fauteuil face à Marc Fauvelle, Marie Chantrait et Jim Jarrassé, chef du service politique du quotidien. Pendant une heure, la cheffe de file des députés La France insoumise a été interrogée sur l’ensemble du programme du mouvement fondé par Jean-Luc Mélenchon. Mais c’est sur l’immigration, premier thème abordé, que ses réponses ont le plus fait réagir.
Trois publics prioritaires, mais aucun chiffre
Mathilde Panot a annoncé qu’un gouvernement conduit par La France insoumise engagerait, dès son arrivée au pouvoir, une régularisation d’ampleur des personnes aujourd’hui en situation irrégulière sur le territoire. Trois catégories seraient concernées en priorité : les travailleurs sans papiers, les personnes engagées dans un parcours de formation, et les parents d’enfants scolarisés en France. Interrogée sur l’ampleur de cette politique, la députée du Val-de-Marne s’est refusée à tout chiffrage, préférant s’en tenir à l’énoncé de principes généraux plutôt qu’à des objectifs quantifiés — une prudence qui laisse ouverte la question de l’ampleur réelle qu’aurait une telle mesure si elle devait un jour être appliquée.
L’argumentaire avancé par la présidente du groupe LFI repose moins sur un registre humanitaire que sur un raisonnement économique et social : accorder un titre de séjour à des travailleurs aujourd’hui précaires leur donnerait, selon elle, un rapport de force plus favorable face à leurs employeurs. Elle a ainsi défendu l’idée qu’une régularisation renforcerait la capacité de ces salariés à faire valoir leurs droits et à lutter contre le travail dissimulé, plutôt que de les maintenir dans une dépendance administrative propice aux abus.
Au-delà de la seule question des régularisations, Mathilde Panot a défendu une réorientation plus large de la politique migratoire française : un principe d’« accueil digne », l’ouverture de nouvelles voies légales de circulation avec le Royaume-Uni, et une renégociation des accords du Touquet, qui organisent depuis 2003 la coopération franco-britannique en matière de contrôle des frontières à Calais et dans les ports de la Manche.
Une doctrine qui tranche avec le durcissement en cours
Cette proposition prend tout son relief au regard de l’évolution récente du droit des étrangers en France. Depuis 2012, l’admission exceptionnelle au séjour — la procédure par laquelle un préfet peut, au cas par cas, régulariser un étranger en situation irrégulière — s’appuyait sur la circulaire dite Valls, qui retenait des critères assez larges : durée de présence sur le territoire, scolarisation des enfants, insertion sociale et professionnelle. En janvier 2025, le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau lui a substitué un cadre nettement plus restrictif, resserré sur l’intégration économique, avec notamment un allongement de la durée de présence exigée et un niveau de français plus élevé. Selon les données du ministère de l’Intérieur, cette réorientation s’est traduite par une chute sensible du nombre d’admissions exceptionnelles au séjour accordées entre 2024 et 2025.
C’est très exactement ce cadre que Mathilde Panot promet de renverser. En misant sur des critères d’activité professionnelle, de formation et de liens familiaux — plutôt que sur la seule fermeté administrative —, LFI se positionne à rebours non seulement de la droite et du Rassemblement national, mais aussi de la ligne suivie par le gouvernement sortant depuis un peu plus d’un an.
L’immigration, thème dominant d’une campagne déjà sous tension
Le moment choisi par les organisateurs pour ouvrir l’entretien sur l’immigration n’est pas anodin. Le sujet occupait déjà le devant de l’actualité politique ces derniers jours, après que le président du Rassemblement national Jordan Bardella s’est trouvé au centre d’une polémique pour avoir évoqué un accord avec le dirigeant britannique europhobe Nigel Farage, prévoyant notamment le renvoi vers la France des migrants interceptés dans les eaux territoriales du Royaume-Uni. Cette annonce avait suscité de vives critiques allant des Insoumis jusqu’à une partie de la droite républicaine, en passant par le bloc central — signe que l’immigration s’impose, à sept mois du scrutin, comme l’un des axes structurants de la campagne présidentielle de 2027, dans un paysage politique par ailleurs marqué par une gauche elle-même divisée sur sa ligne et ses candidatures.
Les prises de position de Mathilde Panot devraient nourrir les échanges à venir entre les différents blocs, à mesure que le calendrier du « Grand Oral 2027 » se poursuivra avec d’autres personnalités candidates ou pressenties à la présidentielle. Reste à savoir si La France insoumise précisera, dans les mois qui viennent, l’ampleur chiffrée de cette régularisation promise — une question que ses adversaires ne manqueront pas de lui reposer.

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