Saxe-Anhalt : l’AfD frôle la majorité absolue et met le « mur pare-feu » allemand à l’épreuve

Saxe-Anhalt : l’AfD frôle la majorité absolue et met le « mur pare-feu » allemand à l’épreuve

L’extrême droite allemande n’avait encore jamais approché aussi près du pouvoir dans un Land depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Selon les projections d’ARD, l’Alternative für Deutschland (AfD) a recueilli environ 44,5 % des voix dimanche lors des élections régionales de Saxe-Anhalt, loin devant la CDU, créditée d’environ 17 à 18,5 %. Un score qui double presque celui obtenu par le parti en 2021 (20,8 %) et qui installe l’AfD comme la force politique dominante de ce Land de l’est de l’Allemagne.

Un basculement électoral inédit

Porté par son candidat de tête Ulrich Siegmund, 35 ans, très populaire sur TikTok où il revendique plusieurs centaines de milliers d’abonnés, le parti a construit sa campagne sur un discours anti-immigration radical et sur la promesse de faire de la Saxe-Anhalt le premier Land dirigé par l’AfD. À l’annonce des résultats, Siegmund a évoqué un résultat « historique », tout en se montrant prudent sur ses chances réelles d’accéder au poste de ministre-président.

Derrière l’AfD et la CDU, trois formations franchissent la barre des 5 % nécessaires pour entrer au Landtag : Die Linke, le SPD et les Verts, chacun autour de 8 à 9,5 % des voix. Le FDP, membre de la coalition sortante, serait quant à lui exclu du Parlement régional. Le sort de l’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW), scindé entre les instituts de sondage autour du seuil fatidique des 5 %, pourrait s’avérer déterminant : réunies, l’AfD et le BSW disposeraient d’une voix de majorité au Landtag.

Le « Brandmauer » sous tension

Depuis sa création en 2013, l’AfD n’a jamais participé à un gouvernement, ni au niveau fédéral ni dans aucun des seize Länder allemands. Cette exclusion repose sur une doctrine informelle mais quasi unanimement respectée par les partis traditionnels, connue outre-Rhin sous le nom de Brandmauer — littéralement le « mur pare-feu » contre l’extrême droite. La CDU, dont le chef de file régional Sven Schulze a subi une défaite cinglante, ainsi que le chancelier fédéral Friedrich Merz, ont réaffirmé leur refus catégorique de toute alliance avec le parti.

Reste que l’arithmétique parlementaire s’annonce redoutable. Sans les voix de l’AfD, la CDU devrait tenter de reconstituer une coalition avec le SPD et les Verts, une alliance qui, selon les projections, resterait minoritaire et dépendrait du soutien ponctuel de Die Linke pour légiférer — un scénario politiquement inconfortable pour un parti conservateur. De son côté, Alice Weidel, coprésidente de l’AfD au niveau national, a affirmé que son parti disposait désormais d’un mandat clair pour gouverner et a annoncé l’ouverture de discussions avec l’ensemble des formations représentées au Landtag, tout en excluant tout compromis sur les questions migratoires et sécuritaires. Ulrich Siegmund a par ailleurs laissé entendre qu’il chercherait à convaincre des élus d’autres partis de rejoindre ses rangs pour atteindre la majorité.

Un symptôme plus large que la seule Saxe-Anhalt

Ce scrutin s’inscrit dans une dynamique amorcée dès 2024, lorsque l’AfD était arrivée en tête en Thuringe — une première historique depuis 1945, sans toutefois déboucher sur une participation gouvernementale. La progression du parti se confirme également au niveau fédéral : lors des législatives de février 2025, l’AfD s’était hissée à la deuxième place avec 20,8 % des voix, avant de continuer sa progression dans les sondages nationaux, où elle talonne désormais, voire dépasse, la CDU du chancelier Merz, dont la cote de popularité personnelle serait tombée autour de 15 %.

La séquence électorale allemande de l’automne 2026 ne s’arrête pas à la Saxe-Anhalt : Berlin et le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale doivent voter à leur tour deux semaines plus tard, ce qui fait de ce scrutin un test grandeur nature pour la suite. Le résultat de dimanche a également ravivé un débat déjà vif sur une possible procédure d’interdiction du parti, que le renseignement intérieur du Land — l’Office pour la protection de la Constitution de Saxe-Anhalt — classe depuis 2023 comme mouvement « assurément d’extrême droite ».

Une résonance jusqu’aux États-Unis

La percée de l’AfD dépasse largement les frontières allemandes. Lors de la campagne des législatives de 2025 déjà, le soutien affiché par des proches de Donald Trump avait suscité la controverse : Elon Musk avait publiquement encouragé le vote AfD, allant jusqu’à intervenir par visioconférence lors d’un meeting du parti, tandis que le vice-président américain JD Vance avait, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, plaidé pour la fin des « murs pare-feu » contre les partis d’extrême droite en Europe.

Face à la percée de dimanche, la candidate de Die Linke, Eva von Angern, a mis en cause la responsabilité de la CDU elle-même, estimant qu’en reprenant une partie du discours de l’extrême droite sur l’immigration, les conservateurs ne faisaient que pousser les électeurs vers « l’original ». Un constat qui, à quelques semaines des scrutins de Berlin et du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, pourrait peser lourd dans les états-majors des partis traditionnels allemands.

Photo: Kissuth oxfordien

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