Washington scelle un accord pétrolier historique avec le Venezuela, au cœur d’une bataille sur la souveraineté énergétique

Washington scelle un accord pétrolier historique avec le Venezuela, au cœur d’une bataille sur la souveraineté énergétique

29 août 2026

Le président américain Donald Trump a annoncé vendredi soir la conclusion d’un accord énergétique avec le Venezuela qu’il a qualifié de « plus grand accord pétrolier de l’histoire ». Selon lui, ce texte permettrait aux États-Unis de prendre le contrôle majoritaire de plus de 65 milliards de barils de réserves pétrolières vénézuéliennes, doublant ainsi les réserves américaines, sans coût pour le contribuable.

Un accord négocié au sommet

D’après les informations relayées par CNN, l’accord a été négocié directement par le secrétaire d’État Marco Rubio et le secrétaire à la Guerre Pete Hegseth, en lien avec la présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodríguez. Un responsable de la Maison Blanche a précisé qu’il permettrait au gouvernement américain de sécuriser environ 55 % de la production effective d’une nouvelle coentreprise privée, combinant participation au capital et droit d’achat de pétrole à prix coûtant. Cette entité deviendrait, selon les estimations avancées, la deuxième plus grande compagnie pétrolière privée du monde par ses réserves, derrière le géant saoudien Aramco.

Le pétrole ainsi obtenu à prix coûtant serait destiné à alimenter la réserve stratégique américaine et à répondre aux besoins de l’armée américaine, selon la même source citée par CNN.

Marco Rubio a présenté l’accord comme une victoire mutuelle, affirmant qu’il devrait apporter près de 100 milliards de dollars d’investissements privés au Venezuela, créer des emplois bien rémunérés et soutenir la reconstruction de l’économie du pays. De son côté, Delcy Rodríguez a salué un « accord historique », remerciant Donald Trump et son administration pour leur soutien, tout en présentant la démarche comme une consolidation de la position du Venezuela en tant que puissance énergétique au service du développement national.

Le président Donald Trump pose pour son portrait officiel à la Maison Blanche, à Washington, le vendredi 6 octobre 2017. (Photo officielle de la Maison Blanche par Shealah Craighead)

Shealeah Craighead

Domaine public

Le contexte : gaz cher et échéances électorales

Cette annonce intervient dans un contexte politique chargé. Aux États-Unis, le prix moyen de l’essence dépasse actuellement les 4 dollars le gallon, à moins de deux mois des élections de mi-mandat. Le président Trump, sous pression pour montrer des résultats concrets sur le coût de la vie, a mis en avant la baisse attendue des prix à la pompe grâce à cet afflux de pétrole. La guerre en cours impliquant l’Iran, qui perturbe les marchés pétroliers mondiaux, ajoute une dimension supplémentaire à l’urgence ressentie par Washington.

L’accord survient également près de neuf mois après une opération militaire américaine ayant conduit à la capture de l’ex-président vénézuélien Nicolás Maduro, désormais poursuivi devant la justice fédérale américaine pour narcoterrorisme et trafic de stupéfiants. Depuis, les autorités par intérim de Caracas ont engagé une refonte de la législation sur les hydrocarbures, remplaçant la loi de 2001 adoptée sous Hugo Chávez, afin de faciliter l’arrivée de capitaux étrangers.

Une ouverture accélérée du secteur pétrolier

Selon des informations relayées par Venezuelanalysis, cette réforme aurait permis à plusieurs grands groupes, dont Chevron, Repsol et Shell, de renégocier ou de conclure de nouveaux contrats d’exploration pétrolière et gazière. Des sociétés moins connues du secteur, comme Lionheart Capital ou Crossover Energy, se verraient également attribuer le contrôle de certains champs pétroliers stratégiques. La compagnie de services pétroliers SLB (ex-Schlumberger) a par ailleurs signé un accord avec la compagnie publique PDVSA.

Le média Axios avait déjà rapporté, début août, des tensions internes concernant la lenteur de ces négociations, certains responsables américains s’inquiétant de voir certains contrats attribués à des sociétés nouvellement créées, sans antécédents ni assise financière solide, et potentiellement liées à des intérêts chinois ou à des figures controversées de Caracas.

Des critiques sur la souveraineté vénézuélienne

L’accord ne fait toutefois pas l’unanimité. Plusieurs analystes et médias latino-américains dénoncent une opération relevant davantage de la coercition que de la coopération. Des commentateurs cités par des médias critiques du gouvernement américain estiment que Washington aurait imposé un accès quasi total au secteur énergétique vénézuélien sous la menace de sanctions et de pressions militaires, redirigeant notamment les exportations de brut auparavant destinées à la Chine, à la Russie et à Cuba vers les États-Unis.

D’autres observateurs, plus mesurés, soulignent la position délicate de Delcy Rodríguez, contrainte de naviguer entre la nécessité de stabiliser une économie exsangue et le risque de céder une part importante du contrôle sur les ressources naturelles du pays à une puissance étrangère. La question de savoir si cet accord représente une planche de salut économique pour le Venezuela ou un abandon de sa souveraineté énergétique reste au cœur du débat.

Un précédent chargé d’histoire

Ce nouvel épisode s’inscrit dans une longue histoire de tensions entre Washington et Caracas autour du pétrole. Dès 2007, sous la présidence d’Hugo Chávez, une vague de nationalisations avait déjà poussé certaines compagnies occidentales, comme ExxonMobil et ConocoPhillips, à quitter le pays, tandis que d’autres, dont Chevron, avaient accepté de rester avec des participations minoritaires. Plus récemment, l’administration Trump avait retiré la licence d’exportation accordée à Chevron par l’administration Biden, avant de rouvrir la voie à une présence américaine élargie dans le secteur.

Les détails complets du nouvel accord — durée des concessions, mécanismes d’arbitrage en cas de litige, calendrier de mise en œuvre — n’ont pas encore été rendus publics dans leur intégralité. Les prochaines semaines devraient permettre de préciser l’ampleur réelle du contrôle américain sur les gisements vénézuéliens et son impact concret sur les prix du pétrole mondial.


Sources : CNN, NPR, CNBC, Axios, Venezuelanalysis.


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