La carte qui fâche : Trump s’affiche en maître de l’Amérique du Nord, Paris et Mexico sur la défensive
Une image publiée dimanche soir sur Truth Social a suffi à relancer, en quelques heures, une controverse diplomatique à trois continents. Donald Trump y a partagé une carte de l’Amérique du Nord et des Caraïbes entièrement recouverte des couleurs du drapeau américain, barrée de la mention « United States of America ». Sans légende, sans commentaire. Le président américain n’avait pas besoin d’en dire plus pour que le message soit reçu comme une provocation.
Un planisphère sous bannière étoilée
Sur ce visuel généré par IA, le Canada, le Groenland, l’Islande, le Mexique, plusieurs pays d’Amérique centrale ainsi qu’une bonne partie des îles des Caraïbes apparaissent habillés aux couleurs américaines. Le golfe du Mexique y est rebaptisé « Gulf of America », prolongement d’une décision déjà actée depuis l’investiture de Trump en janvier 2025. Parmi les territoires engloutis dans cette Amérique élargie figurent des noms qui ne devraient, en théorie, rien avoir à faire sur une carte des États-Unis : la Guadeloupe, la Martinique, Saint-Martin, Saint-Barthélemy et Saint-Pierre-et-Miquelon — cinq territoires français.
Ce n’est pas un coup d’essai. Depuis son retour à la Maison-Blanche, Trump a multiplié les sorties du même genre : promesse de faire du Canada le « 51e État », intérêt réaffirmé pour l’annexion du Groenland, rebaptisation du lac Ontario en « Lake America » par décret (rejetée sans détour par le premier ministre canadien Mark Carney), et plus récemment l’idée de renommer le Nouveau-Mexique en « Nouvelle Amérique ». La carte de dimanche s’inscrit dans cette continuité, mais franchit un cap symbolique en intégrant, pour la première fois aussi explicitement, des territoires d’un pays tiers et allié historique : la France.
Mélenchon dégaine, le porte-avions en étendard
C’est peu après minuit que Jean-Luc Mélenchon a réagi sur X, republiant la carte de Trump. Le chef de file de La France insoumise s’est étonné du silence des autorités françaises : « Et en France ? Quelqu’un proteste dans l’officialité politique ou médiatique ? » Il a appelé Emmanuel Macron à « envoyer le porte-avions pour garder le contrôle de notre souveraineté et rassurer les populations menacées », avant de conclure sur une note résolument électorale : « Les insoumis au pouvoir en 2027 aux côtés des Mexicains ne laisseront pas faire Trump. »
Le post a rapidement dépassé le millier de commentaires, mêlant soutiens enthousiastes, ironie et comparaisons parfois vertigineuses — certains internautes évoquant ce qu’il adviendrait si Pékin ou Moscou publiaient une carte similaire annexant l’Asie de l’Est ou l’Europe de l’Ouest. Une comparaison déjà formulée, avant Mélenchon, par l’ancien premier ministre suédois Carl Bildt.
Le contexte régional n’est pas anodin : la Guadeloupe et la Martinique, départements français depuis 1946, se trouvent à proximité immédiate de zones où Washington a récemment signé des accords migratoires avec la Dominique et Antigua-et-Barbuda portant sur le renvoi de demandeurs d’asile vers ces États caribéens — un rappel que l’influence américaine dans la région ne se limite pas à une image virale.
Sheinbaum, la fermeté tranquille
Si la sortie de Mélenchon a occupé l’espace médiatique français, c’est côté mexicain que la réponse officielle est venue en premier. La présidente Claudia Sheinbaum a répliqué sur X, sans même nommer Trump, en pleine période des célébrations de l’indépendance mexicaine : « En ce mois de la patrie, nous réaffirmons que le Mexique n’est et ne sera colonie ni protectorat d’aucun pays étranger. Nous sommes fièrement un pays libre, indépendant et souverain. » Le message a dépassé le million de vues en quelques heures.
Ce n’est pas la première fois que la présidente mexicaine tient ce discours. En mai 2026 déjà, face à une demande d’extradition du département de la Justice américain, elle avait lancé : « Nous ne sommes protectorat ni colonie des États-Unis (…) nous nous considérons comme des égaux. » Et samedi, à Monterrey, elle avait résumé sa ligne diplomatique en une formule devenue sa marque de fabrique : « Coopération toujours, subordination jamais. »
La publication de Trump intervient trois jours à peine après une autre sortie remarquée du président américain, qui avait déclaré depuis le Bureau ovale que le Mexique n’avait « rien à offrir » aux États-Unis « à part des tamales épicés et des tomates », en pointant un déficit commercial de 195 milliards de dollars par an. Sheinbaum a néanmoins maintenu le cap d’une relation coopérative avec Washington, y compris sur des dossiers sensibles : entre février 2025 et janvier 2026, son gouvernement a extradé 92 narcotrafiquants mexicains vers les États-Unis dans le cadre de la coopération bilatérale en matière de sécurité.
Une provocation, plusieurs lectures
À la Maison-Blanche, aucune réaction officielle n’a pour l’instant été apportée aux protestations mexicaine et française. L’image reste, à ce stade, un post sans commentaire — une ambiguïté calculée qui laisse à chacun le soin de l’interpréter comme il l’entend : plaisanterie potache dans la lignée des précédentes facéties cartographiques de Trump, ballon d’essai rhétorique, ou provocation assumée destinée à tester les réactions de partenaires et voisins.
Ce qui est certain, c’est que l’épisode illustre une méthode désormais bien identifiée : normaliser par la répétition des revendications territoriales qui, prises isolément, seraient qualifiées d’extravagantes. Canada, Groenland, golfe du Mexique, lac Ontario, Nouveau-Mexique — et désormais les Antilles françaises. Chaque nouvelle carte, chaque nouveau renommage élargit un peu plus le terrain de ce qui peut désormais être dit, publié, et débattu sans provoquer de rupture diplomatique. Reste à savoir si Paris choisira, comme Mexico, de répondre publiquement — ou si le silence évoqué par Mélenchon se prolongera.
Sources : publications officielles sur X et Truth Social ; déclarations de Claudia Sheinbaum ; couverture de RT France, Yahoo Actualités, La Nouvelle Tribune, Infobae, El Diario NY et Al Bawaba.

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