Trump exige que Bombardier fabrique aux États-Unis, sous peine d’interdiction de vente
La Maison-Blanche hausse le ton contre le fleuron aéronautique canadien, au lendemain de l’entrée en vigueur de tarifs de rétorsion de 20 milliards de dollars imposés par Ottawa.
Le président américain Donald Trump a lancé lundi un ultimatum inédit à Bombardier : l’avionneur québécois ne pourra plus vendre ses appareils aux États-Unis s’il ne rapatrie pas une partie de sa production sur le sol américain. « NO MORE SELLING BOMBARDIER IN THE UNITED STATES ! Leurs produits ne sont pas assez bons ! », a écrit le président sur Truth Social, avant d’ajouter : « S’ils veulent notre marché, ils doivent construire ici, et arrêter de traiter l’Amérique comme une tirelire. »
L’attaque, aussi brutale que peu détaillée sur ses modalités d’application, place l’un des plus grands employeurs industriels du Québec dans une position délicate, en pleine dégradation des relations commerciales entre Washington et Ottawa.
Une sortie qui tombe au pire moment pour Ottawa
Le message présidentiel intervient à un moment charnière : il précède de quelques heures l’entrée en vigueur, mardi, de nouveaux tarifs de rétorsion canadiens visant environ 20 milliards de dollars de produits américains — plus de 700 catégories de biens, de l’acier aux produits laitiers en passant par le papier et l’électroménager. Cette riposte fait elle-même suite à la décision de Washington d’imposer des surtaxes de 50 % sur un éventail de produits canadiens, dont le vin, le ciment et les bâtons de hockey, après l’échec des négociations commerciales entre les deux pays fin août.
Le premier ministre canadien Mark Carney avait alors qualifié la situation de véritable affrontement économique, promettant de répondre « dollar pour dollar ». Le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, avait de son côté accusé les Canadiens d’avoir fait échouer un accord commercial pourtant presque bouclé.
Une pression qui ne date pas d’hier
Ce n’est pas la première fois que l’administration Trump cible spécifiquement Bombardier. Dès janvier, le président avait menacé de retirer la certification américaine des jets d’affaires Global Express et brandi des tarifs de 50 % sur tous les appareils assemblés au Canada, exigeant en retour que Transports Canada certifie plusieurs modèles du concurrent américain Gulfstream. Aucune de ces mesures n’avait finalement été mise en œuvre à l’époque, et Ottawa avait fini par certifier les appareils Gulfstream concernés le mois suivant.
L’épisode rappelle également un précédent plus ancien : en 2016-2017, Boeing avait obtenu de l’administration Trump l’imposition de droits compensateurs punitifs contre les avions de la C Series de Bombardier, accusant l’entreprise de bénéficier de subventions publiques déloyales — un différend qui avait conduit Bombardier à céder le programme à Airbus.

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Un ancrage américain déjà bien réel
L’argument présidentiel occulte cependant l’ampleur de la présence industrielle de Bombardier aux États-Unis. L’entreprise y exploite déjà plusieurs sites : une usine à Wichita, au Kansas, qui produit des jets d’affaires ainsi que des appareils militaires à vocation spéciale, et un site à Red Oak, au Texas, dédié à la fabrication de pièces pour le Global 8000. Selon des données citées par Bloomberg, Bombardier s’appuie sur plus de 2 800 fournisseurs américains répartis dans 47 États, et plus de la moitié des composants du Global 7500 sont fabriqués aux États-Unis — même si l’assemblage final reste effectué au Canada. Par ailleurs, environ la moitié de la flotte mondiale des 5 100 appareils Bombardier en service est basée sur le territoire américain.
Le calendrier de l’annonce est d’autant plus notable que Bombardier venait tout juste, le 1er septembre, d’annoncer le rachat d’une usine canadienne auprès de son fournisseur Mitsubishi Heavy Industries, spécialisée dans la fabrication d’ailes pour ses jets privés — un investissement qui va, à l’inverse des exigences américaines, dans le sens d’un renforcement de sa base industrielle au Canada.
Quelle suite ?
Ni Bombardier ni la Maison-Blanche n’ont, dans l’immédiat, précisé comment une telle interdiction pourrait concrètement être mise en œuvre — que ce soit par décret, par voie tarifaire ou par un blocage réglementaire similaire à celui évoqué en janvier dernier. L’expérience récente invite toutefois à la prudence : la précédente menace de décertification n’avait pas été suivie d’effet.
Reste que la sortie de Donald Trump s’inscrit dans une stratégie plus large de pression sur les industriels étrangers, qu’il pousse depuis le début de son second mandat à relocaliser leur production aux États-Unis, quitte à ériger un mur tarifaire quasi généralisé qui suscite la grogne de nombreux partenaires commerciaux de Washington. Pour Bombardier, dont l’action a fluctué en Bourse dans la foulée de l’annonce, l’enjeu dépasse la seule entreprise : il touche à la crédibilité d’une relation commerciale canado-américaine déjà mise à rude épreuve, et dont l’issue pourrait redessiner les termes de l’accès des industriels canadiens au plus grand marché aéronautique du monde.
Sources : CNBC, Reuters, Al Jazeera, NPR, PBS, Bloomberg, The Detroit News) au 7 septembre 2026.



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