Vote par correspondance : la course contre la montre de Donald Trump
Alors que les premiers bulletins sont déjà partis vers les électeurs du Wisconsin et de Caroline du Nord, l’administration Trump multiplie les recours devant la Cour suprême pour tenter, in extremis, de restreindre le vote par correspondance avant les élections de mi-mandat de novembre.
Une offensive lancée dès le printemps
Le 31 mars 2026, Donald Trump signait le décret 14399, intitulé « Garantir la vérification de la citoyenneté et l’intégrité des élections fédérales ». Le texte confie à l’US Postal Service (USPS) un rôle inédit : celui de filtrer qui a le droit de voter par correspondance. Concrètement, l’administration postale ne devait plus livrer que les bulletins envoyés par des électeurs inscrits sur de nouvelles listes fédérales, constituées avec l’aide du département de la Sécurité intérieure et de l’administration de la Sécurité sociale.
Ce n’était pas une première tentative. Un premier décret électoral, signé dès 2025, avait déjà été largement bloqué par la justice au motif que la Constitution — via l’article I, section 4 — confie aux États et au Congrès, et non au président, le pouvoir de fixer les règles électorales. Le nouveau texte de mars 2026 reprenait pourtant une logique similaire, en misant cette fois sur l’USPS comme levier de contrôle plutôt que sur une intervention directe.
En août, la Poste américaine a publié une règle d’application concrète : les responsables électoraux des États devraient transmettre à l’USPS, au moins trente jours avant l’envoi des bulletins, la liste des électeurs ayant demandé un vote par correspondance. Sans figurer sur cette liste, un électeur ne recevrait tout simplement pas son bulletin.
La justice freine, encore et encore
Le projet s’est heurté à une résistance judiciaire constante. Une juge fédérale a bloqué la mise en œuvre du dispositif à plusieurs reprises, la dernière fois vendredi 4 septembre, en transformant une injonction temporaire en injonction préliminaire — un obstacle plus solide, qui empêche l’USPS d’appliquer les nouvelles règles pendant que le fond du dossier est examiné.
Faute de pouvoir avancer devant les tribunaux inférieurs, l’administration s’est tournée vers la Cour suprême. Elle lui avait déjà demandé, le 3 septembre, d’autoriser en urgence l’application des restrictions. Une nouvelle requête a été déposée dimanche 6 septembre. Les neuf juges s’étaient déjà prononcés une fois cet été sur une question procédurale liée à l’un des recours, mais ils ne se sont pas encore penchés sur le fond : la légalité même du décret et de la règle postale qui en découle.
Selon Richard Hasen, professeur de droit à l’UCLA et directeur du Safeguarding Democracy Project, le calendrier joue désormais contre la Maison-Blanche : il estime qu’il est d’ores et déjà trop tard pour faire entrer en vigueur le décret dans des conditions praticables avant novembre.
Les bulletins partent déjà
Pendant que la bataille juridique se poursuit, le calendrier électoral, lui, ne s’arrête pas. En Caroline du Nord, la loi impose l’envoi des bulletins soixante jours avant le scrutin aux électeurs qui en ont fait la demande ; les premiers sont partis vendredi. Dans le Wisconsin, la commission électorale bipartite a donné son feu vert aux autorités locales pour commencer les envois dès le début de la semaine — et plusieurs municipalités s’y sont mises sans attendre la date limite de la mi-septembre, certaines estimant préférable d’anticiper plutôt que de risquer de devoir appliquer des règles jugées inapplicables dans les temps.
Selon près d’un tiers des électeurs, le vote par correspondance a été utilisé lors de la présidentielle de 2024. Un changement de règles de dernière minute, si les tribunaux venaient à lever les blocages, ferait courir un risque concret : des bulletins non distribués ou non comptabilisés, à quelques semaines seulement du scrutin.
Un effet déjà mesurable, sans même que le décret s’applique
Même bloqué, le décret produit des effets collatéraux. Des responsables électoraux redoutent qu’un simple ralentissement des délais de traitement du courrier — sans lien direct avec le texte contesté — suffise à faire rejeter davantage de bulletins pour cause de tampon postal tardif. Dans l’État de Washington, le nombre de bulletins rejetés pour cette raison a plus que doublé lors des primaires de cette année dans dix-neuf comtés, par rapport à deux ans plus tôt. Dans le comté de Mason, 258 bulletins ont été écartés cette année contre 60 lors du précédent scrutin comparable.

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Une fraude que les études ne corroborent pas
Donald Trump justifie sa croisade contre le vote par correspondance en évoquant un risque de fraude massive. De nombreuses études indépendantes, menées sur plusieurs cycles électoraux, concluent pourtant que ce mode de scrutin est fiable et que les cas de fraude avérée y sont extrêmement rares. Le paradoxe est souvent relevé par ses adversaires : le président lui-même vote régulièrement par correspondance, y compris lors des primaires de Floride le mois dernier.
Certains élus républicains eux-mêmes s’inquiètent des effets du dispositif, redoutant qu’il ne pénalise davantage l’électorat conservateur — traditionnellement présent dans les zones rurales où le vote postal joue un rôle logistique important — que l’électorat démocrate.
Et maintenant ?
Tout se joue désormais à la Cour suprême, seule instance encore susceptible de faire basculer la situation avant le scrutin de novembre. Mais à mesure que les enveloppes s’accumulent dans les boîtes aux lettres à travers le pays, chaque jour qui passe réduit un peu plus la marge de manœuvre de l’administration — quelle que soit l’issue judiciaire.
Sources
- Washington Post — Trump is running out of time as he tries to restrict mail voting
- Washington Post — Trump administration asks Supreme Court to allow mail-in ballot restrictions
- Washington Post — The Latest: Federal judge extends block on Trump’s order seeking to limit midterm mail-in voting
- NPR — Trump again asks Supreme Court to allow USPS plan to restrict mail-in voting
- Votebeat — Trump issues executive order giving U.S. Postal Service oversight over mail voting in 2026 election
- Brennan Center for Justice — Analyzing the President’s Executive Order on Mail Voting
- Democracy Docket — Postal Service moving forward with Trump’s attack on mail voting
- Federal Register — Ballot Mail for Federal Elections
- Congress.gov / CRS — USPS Ballot Mail Rule: Overview and Potential Impact
- State Democracy Research Initiative, UW Law School — How Can States Address Federal Hostility to Mail Voting?



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