Trump menace de couper les échanges commerciaux si la Fed ne baisse pas ses taux, sur fond de rapport sur l’emploi explosif

Trump menace de couper les échanges commerciaux si la Fed ne baisse pas ses taux, sur fond de rapport sur l’emploi explosif

La pression de Donald Trump sur la Réserve fédérale américaine a franchi un nouveau seuil ce vendredi 4 septembre. Après la publication d’un rapport sur l’emploi américain nettement plus solide que prévu, le président a menacé de suspendre les échanges commerciaux avec les pays vis-à-vis desquels les États-Unis affichent un déficit, si la banque centrale ne réduit pas ses taux d’intérêt. Une sortie inédite qui met une pression supplémentaire sur Kevin Warsh, le président de la Fed que Trump a lui-même nommé, à onze jours d’une décision de politique monétaire scrutée de près.

Un rapport sur l’emploi qui rebat les cartes

Le Bureau of Labor Statistics a annoncé vendredi que les employeurs américains avaient créé 162 000 emplois en août, près de trois fois plus que les 56 000 attendus par les économistes. Le taux de chômage, lui, est resté stable à 4,1 %. Un chiffre robuste qui, paradoxalement, complique la tâche de la Fed : plus l’économie et l’emploi résistent, plus l’argument en faveur d’un maintien, voire d’une hausse, des taux se renforce — à rebours des attentes de la Maison Blanche.

Fait notable, ce rapport solide n’a provoqué qu’une réaction limitée sur les marchés obligataires : le rendement des bons du Trésor à dix ans et les taux hypothécaires ont à peine bougé, signe que les investisseurs restent suspendus aux prochaines données d’inflation plutôt qu’à l’emploi seul.

L’ultimatum de Trump

Réagissant à chaud sur son réseau Truth Social, Donald Trump a exhorté « son » président de la Fed et les membres du conseil à « se montrer intelligents » et à « redevenir patriotes ». Il a réaffirmé que des taux élevés plaçaient les États-Unis « dans une situation profondément désavantageuse » et qu’il ne « laisserait pas cela se produire ». Nouveauté dans son discours : le président a directement lié cette exigence à sa politique commerciale, menaçant de cesser tout échange avec les partenaires envers lesquels les États-Unis accusent un déficit commercial si la Fed ne s’exécute pas.

Le déficit commercial américain constitue un puissant levier de pression. Il a atteint 1 200 milliards de dollars l’an dernier avec l’ensemble des partenaires commerciaux, la Chine arrivant en tête avec plus de 200 milliards de dollars, suivie du Mexique et du Vietnam.

Warsh, pris entre deux feux

L’épisode intervient à un moment charnière pour Kevin Warsh, qui dirige la Fed depuis mai et prépare la réunion du Comité fédéral de l’open market, le FOMC, prévue les 15 et 16 septembre. Lors du symposium de Jackson Hole fin août, Warsh avait adopté un ton résolument restrictif, affirmant qu’il fallait être certain que l’inflation sous-jacente revienne vers l’objectif de 2 % « clairement et à un rythme suffisant », faute de quoi « il reste du travail à faire ». Ce discours avait été perçu par les marchés comme un signal d’ouverture à un relèvement des taux, faisant grimper la probabilité implicite d’une hausse en septembre.

Il se retrouve donc dans une position délicate : durcir la politique monétaire au risque de s’attirer les foudres présidentielles, ou temporiser au risque d’entamer sa crédibilité après des propos aussi fermes. Certains gouverneurs, comme Christopher Waller, ont pour leur part indiqué qu’ils seraient favorables à un statu quo si les prochaines données sur l’inflation — dont l’indice des prix à la production — confirment une décrue des tensions sur les prix.

Photo officielle de la Maison-Blanche par Molly Riley)

Une échéance électorale en toile de fond

Cette confrontation s’inscrit dans un contexte politique tendu, à quelques semaines des élections de mi-mandat de novembre, où le parti républicain de Donald Trump défend des majorités étroites au Congrès. L’inflation reste supérieure à l’objectif de 2 % de la Fed depuis maintenant cinq ans et demi, ce qui alimente à la fois l’insatisfaction de l’exécutif face à des taux jugés trop élevés et la prudence de la banque centrale, soucieuse de ne pas relâcher sa garde trop tôt.

La décision du FOMC dépendra en grande partie des publications économiques attendues dans les prochains jours, en particulier les indices des prix à la consommation et à la production, qui détermineront si la tendance de refroidissement de l’inflation se poursuit ou si les pressions sur les prix restent trop fortes pour justifier un assouplissement.


Reste à savoir si Kevin Warsh cédera à la pression présidentielle ou s’en tiendra à la ligne restrictive esquissée à Jackson Hole. Réponse le 16 septembre, au terme de la réunion du FOMC.

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