Gloria Steinem, figure historique du féminisme américain, s’est éteinte à 92 ans
Gloria Steinem, journaliste, essayiste et l’une des voix les plus reconnaissables du mouvement pour les droits des femmes aux États-Unis, est décédée mercredi à son domicile de New York. Elle avait 92 ans.
Une mort paisible, entourée des siens
L’annonce a été faite sur le compte Instagram officiel de Gloria Steinem, précisant qu’elle s’était éteinte paisiblement chez elle, entourée de plusieurs de ceux qui l’aimaient. La Gloria Steinem Foundation n’a pas communiqué la cause du décès. Le message publié par sa fondation soulignait que ses près de cent années sur terre avaient été bien vécues, et qu’elle avait continué à militer pour l’égalité jusqu’au bout.
De l’Ohio à la une des magazines
Née le 25 mars 1934 à Toledo, dans l’Ohio, Gloria Steinem a connu une enfance itinérante : ses parents sillonnaient le pays dans une caravane, si bien qu’elle n’a fréquenté l’école régulièrement qu’à partir de ses 12 ans. Diplômée du Smith College en 1956, elle part ensuite en Inde grâce à une bourse d’études, une expérience qui nourrira durablement son engagement militant.
De retour aux États-Unis, elle s’installe à New York et se lance dans le journalisme au tournant des années 1960, dans un milieu alors très largement dominé par les hommes. Elle racontera plus tard sa colère de voir les jeunes hommes de la politique traités comme des étoiles montantes, quand les jeunes femmes n’étaient regardées que comme telles.
C’est en 1963 qu’elle attire l’attention nationale grâce à une enquête retentissante : infiltrée comme « bunny » dans un club Playboy de Hugh Hefner, elle y dévoile les conditions de travail dégradantes et les bas salaires imposés aux serveuses de l’empire de charme, mettant à mal l’image d’une entreprise se présentant comme bénéfique aux femmes.
La naissance de Ms. Magazine
En 1972, avec Dorothy Pitman Hughes, Gloria Steinem cofonde Ms. Magazine, la première grande publication entièrement possédée, dirigée et écrite par des femmes. Le magazine, salué par Newsweek dès 1971 comme incarnant « la femme nouvelle », devient rapidement une plateforme incontournable pour les questions de représentation médiatique, d’inclusion et de justice sociale touchant les femmes.
L’année précédente, en juillet 1971, elle avait déjà cofondé, aux côtés de Betty Friedan, Bella Abzug et Shirley Chisholm, le National Women’s Political Caucus, une organisation destinée à soutenir l’élection de femmes favorables à l’égalité aux fonctions politiques. Le discours qu’elle prononce lors de la fondation de ce mouvement à Washington contribue à faire d’elle une figure nationale.
Au fil des décennies, elle participera à la création de nombreuses autres structures militantes : la Women’s Action Alliance, Voters for Choice, la Coalition of Labor Union Women ou encore le Women’s Media Center, fondé en 2004 pour promouvoir une image plus juste des femmes dans les médias.

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Un combat pour le droit à l’avortement, né d’une expérience personnelle
Parmi les causes qui lui tenaient le plus à cœur figurait la liberté reproductive, un engagement enraciné dans sa propre histoire : à 22 ans, elle avait eu recours à un avortement clandestin en Angleterre. Dans son livre de 2015, My Life on the Road, elle dédie d’ailleurs l’ouvrage au médecin qui avait pratiqué cette intervention à l’époque où elle était illégale aux États-Unis.
Son engagement dépassait largement la seule question de l’avortement : elle a passé l’essentiel de sa vie à défendre l’égalité des femmes au travail, l’éducation sexuelle, et la lutte contre les violences domestiques. Elle a également porté l’idée d’un rapprochement entre les luttes féministes et antiracistes, refusant de dissocier la question du genre de celle de la race.
Une icône jusque dans son grand âge
Reconnaissable entre toutes avec ses mèches blondes et ses lunettes aviateur, Gloria Steinem n’a jamais cessé de sillonner le pays, prenant la parole dans des universités, des centres communautaires, des rassemblements et des marches. Honorée en 2013 par le président Barack Obama, qui lui remet la Médaille présidentielle de la liberté, elle a aussi reçu le prix de la Society of Writers des Nations unies.
Sa vie a inspiré le film The Glorias: A Life on the Road (2020), porté par Julianne Moore, adapté de son propre mémoire. À 91 ans, elle collaborait encore avec la lauréate du prix Nobel de la paix Leymah Gbowee sur un livre destiné à la jeunesse.
Mariée une seule fois dans sa vie, à 66 ans, avec l’entrepreneur David Bale père de l’acteur Christian Bale , elle avait longtemps critiqué le mariage comme une institution défavorable aux femmes. Devenue veuve trois ans après son union, elle expliquera plus tard que ce n’était pas elle qui avait changé d’avis, mais l’institution elle-même qui avait évolué vers plus d’égalité.
Jusqu’à ses derniers mois, Gloria Steinem est restée une voix active des mouvements progressistes, continuant de s’exprimer sur l’actualité politique et sociale. Sa disparition marque la fin d’une génération de militantes qui a profondément transformé la place des femmes dans la société américaine.



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