Meurtre de ses trois sœurs : Hamed Shafia obtient une première sortie sous escorte
Dix-sept ans après les noyades de Kingston, la Commission des libérations conditionnelles autorise le fils aîné de la famille montréalaise à visiter brièvement un établissement à sécurité minimale. Elle lui refuse toutefois une sortie vers une mosquée : la progression doit rester graduelle.
Condamné à la prison à vie pour le meurtre de ses trois sœurs et d’une autre femme, Hamed Shafia s’est vu accorder une sortie accompagnée de la prison de sécurité moyenne où il est incarcéré. Âgé de 34 ans, il avait demandé deux permissions de sortir avec escorte lors d’une audience tenue vendredi. Un comité de la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC) en a accepté une, une brève visite dans un établissement à sécurité minimale, et a rejeté l’autre, un déplacement vers une mosquée de Kingston, en Ontario. Le Canada FrançaismeadowlakeNOW
Un aveu devant la Commission
Selon la Presse canadienne, l’audience a surtout porté sur la manière dont Hamed Shafia interprète aujourd’hui son rôle dans les meurtres. Il a expliqué qu’il avait alors étouffé ses remords en se persuadant qu’il n’avait pas le choix et qu’il ne faisait que suivre les actions de son père. Il a reconnu que la réalité était tout autre, puisqu’il participait activement aux gestes de son père : « Je l’aidais à faire ces choses. » meadowlakeNOWmeadowlakeNOW
Il a raconté avoir été beaucoup plus proche de son père que de ses sœurs, avec qui il n’avait que des conversations superficielles. Vers le milieu des années 2010, des échanges plus profonds avec ses frères et sœurs survivants, en particulier ses deux sœurs, ont selon lui changé sa perception : il comprenait enfin contre qui il avait agi. Il dit désormais voir les convictions de sa jeunesse comme un moyen de contrôler les femmes, justifié par une déformation de la religion. Il admet aussi avoir tardé à assumer ses responsabilités. meadowlakeNOWmeadowlakeNOW

« Une approche progressive »
Mike Bossio, membre du comité, lui a dit qu’il avait accompli des progrès et gagné en lucidité, mais qu’il restait du travail à faire, d’où la nécessité d’y aller graduellement. Le commissaire l’a notamment interrogé sur la sortie à la mosquée. Que ferait-il si quelqu’un l’y reconnaissait et lui exprimait sa désapprobation? Il s’éloignerait, a répondu Hamed Shafia. M. Bossio a répliqué qu’il aurait espéré l’entendre parler de demander du soutien. meadowlakeNOWmeadowlakeNOW
Son agent de libération conditionnelle a indiqué qu’il avait terminé plusieurs programmes en prison, dont un programme de prévention de la violence d’intensité modérée. Il a aussi eu des rencontres individuelles avec l’imam de l’établissement sur les conceptions extrémistes et misogynes de l’honneur et des femmes, avec des rapports « positifs ». meadowlakeNOW
La Commission doit rendre ultérieurement une décision écrite plus détaillée. Les comptes rendus consultés ne précisent ni la date ni le lieu de la sortie autorisée. meadowlakeNOW
Ce que change (et ne change pas) cette décision
Une permission de sortir avec escorte n’est pas une libération conditionnelle. Pour l’accorder, les commissaires doivent conclure qu’une récidive pendant la sortie ne présenterait pas un risque inacceptable pour la société. Hamed Shafia demeure un détenu purgeant une peine à perpétuité. Le meurtre au premier degré entraîne une peine automatique d’emprisonnement à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans. Ses parents, détenus depuis juillet 2009, devaient être admissibles à une libération conditionnelle dans une quinzaine d’années à partir de 2018 : arrêté en même temps qu’eux, il ne devrait pas pouvoir la demander avant l’été 2034. Chapitre 3 – Permissions de sotir +2
Le précédent existe dans la famille. En 2019, sa mère, Tooba Yahya, avait obtenu une absence escortée de cinq heures pour se recueillir sur la tombe de sa propre mère, pour des raisons humanitaires, la Commission jugeant son risque de récidive faible et le risque pour la sécurité « gérable ». CBC News
Retour sur l’affaire
La famille, originaire d’Afghanistan, avait obtenu la résidence permanente en 2007 grâce à un programme d’immigration d’investisseurs, le père s’étant engagé à investir au moins 800 000 $. Elle s’était installée à Montréal, où Mohammad Shafia était un homme d’affaires prospère. La Presse
Les corps de Zainab, 19 ans, Sahar, 17 ans, et Geeti, 13 ans, ainsi que celui de Rona Amir Mohammad, 52 ans, première épouse de Mohammad Shafia, ont été retrouvés en juin 2009 dans une voiture au fond du canal Rideau, à Kingston. Les autopsies ont conclu à des noyades. Au procès, la défense a soutenu sans succès qu’il s’agissait d’accidents. Faute de témoin oculaire, la poursuite a plaidé que les décès avaient été planifiés. Des écoutes policières avaient capté Mohammad Shafia tenant des propos dénigrants à l’endroit de ses filles, qu’il accusait de déshonorer la famille en fréquentant des garçons. Le juge du procès avait attribué les meurtres à une vision tordue de l’honneur familial. Hamed Shafia, condamné pour le meurtre de ses sœurs, obtient une permission de sortie – Le Canada Français +3
Mohammad Shafia, Tooba Yahya et Hamed ont été reconnus coupables de meurtre au premier degré le 29 janvier 2012. La Cour d’appel de l’Ontario a rejeté leurs appels le 2 novembre 2016, et la Cour suprême du Canada a refusé d’entendre la cause le 13 avril 2017. Hamed Shafia soutenait notamment qu’il était trop jeune pour être jugé comme un adulte, un argument écarté. La PresseCHCH
Repères
- 2007 : arrivée de la famille au Canada
- 29-30 juin 2009 : mort des quatre victimes, dont les corps sont découverts le 30 juin
- 22 juillet 2009 : arrestation des trois accusés
- 29 janvier 2012 : verdicts de culpabilité
- 2016-2017 : appels rejetés par la Cour d’appel de l’Ontario, puis par la Cour suprême
- 18 septembre 2026 : première permission de sortir avec escorte accordée à Hamed Shafia



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