« Foutez-lui la paix » : à BFMTV, la défense de Sonia Mabrouk met à nu les fractures d’une rédaction en campagne

« Foutez-lui la paix » : à BFMTV, la défense de Sonia Mabrouk met à nu les fractures d’une rédaction en campagne

Quatre semaines après ses débuts, la transfuge de CNews est au cœur d’un triple front : syndicats, La France insoumise et direction. Samedi soir, sur France 5, Maxime Switek est monté au créneau pour elle, en prenant soin de distinguer critiques internes et attaques extérieures.

Une sortie remarquée sur le plateau de « C à vous »

Samedi 19 septembre, Mohamed Bouhafsi recevait sur France 5 Maxime Switek et Apolline de Malherbe, venus présenter le dispositif de BFMTV pour la présidentielle 2027. Le présentateur du « BFM Grand Soir » a profité de l’échange pour défendre sa collègue, qu’il juge accablée par la presse depuis un mois. Sa formule est nette : « foutez-lui la paix ». Puremédias

Le propos est plus nuancé que le slogan. Switek fait la différence entre ce qui se passe « dans la maison », où il reconnaît un devoir de pluralité et de contradiction envers les invités, et qu’il juge sain de débriefer entre collègues, et les acteurs extérieurs qui, selon lui, exploitent la polémique pour viser Sonia Mabrouk et la chaîne. Il rappelle aussi que les audiences de la journaliste avaient déjà donné lieu à une dizaine d’articles au bout de trois jours d’antenne. Il assure enfin que Mabrouk tient, comme lui et Apolline de Malherbe, au pluralisme et à la traitement égal de toutes les familles politiques. « Foutez-lui la paix » : Maxime Swittek pousse un gros coup de gueule en soutien de Sonia Mabrouk – Puremédias +2

Cette défense ne désavoue donc pas la critique interne : elle en déplace la légitimité. La question devient : qui a le droit de reprocher quoi, et de quel côté du micro ?

Quatre semaines de polémiques

Les débuts de Sonia Mabrouk ont été agités. Ex-présentatrice de CNews, qu’elle a quittée en février, elle a lancé « 100% Mabrouk » le 24 août. L’émission est diffusée du dimanche au jeudi, de 18h45 à 21h. FranceinfoPuremédias

Dès le 26 août, le SNJ et la CGT du groupe RMC BFM ont accusé la journaliste d’importer la ligne CNews, reprochant à la direction de regarder ailleurs. La société des journalistes s’était elle aussi inquiétée de l’invitation de Sophie de Menthon et de Céline Pina. Invitée de France Inter le 27 août, Mabrouk a répliqué qu’il ne s’agit pas de « CNewsiser » BFMTV. Elle a ajouté qu’elle préférait les conversations franches à la couardise. « Il ne s’agit pas de ‘CNewsiser’ BFMTV », assure la journaliste Sonia Mabrouk, après des critiques en interne – franceinfo +2

Le 10 septembre, les syndicats sont repartis à l’attaque. Ils ont dénoncé l’interview de Sarah Knafo du 7 septembre, où l’eurodéputée a pu opposer les Français « de souche » aux Français « de branche » sans recadrage, selon eux, sur ce vocabulaire. Ils affirment aussi avoir relevé 25,5 % d’intervenants d’extrême droite dans son émission entre le 24 août et le 8 septembre, contre 11,8 % chez Alain Marshall et Olivier Truchot et moins de 5 % dans « Apolline Matin ». Ces chiffres sont ceux des organisations syndicales, et la méthode de décompte n’est pas détaillée dans les sources consultées. PuremédiasPuremédias

La réponse de Mabrouk a été immédiate. Sur X, elle a écrit que le journalisme, c’est le pluralisme, qualifié de « déshonorante » l’hémiplégie politique de ses détracteurs et déclaré qu’elle ne se laisserait pas salir. Puremédias

Sonia Mabrouk et Maxime Switek. Capture d’écran.

LFI, l’autre front

Le conflit a aussi une dimension politique. La France insoumise a d’abord boycotté BFMTV, dénonçant des méthodes « intolérables » à l’égard de ses représentants, avant d’annoncer son retour le 16 septembre avec des exceptions : ni l’émission de Sonia Mabrouk, ni celles de Raphaël Enthoven et de Robert Ménard. Le parti invoque une dérive de la ligne éditoriale de la chaîne vers l’extrême droite. ozapozap

La direction a répondu le soir même. Elle y voit une atteinte à sa liberté de programmation et affirme qu’elle « ne saurait en aucun cas se voir dicter des conditions ». Le communiqué a été relayé par plusieurs visages de la chaîne, dont Olivier Truchot, Alain Marshall et Apolline de Malherbe. La prise de parole de Switek s’inscrit dans cet élan de solidarité. ozapozap

Une direction qui assume, des audiences en dents de scie

Côté direction, le message est constant. Sollicitée par l’AFP fin août, elle se disait « ravie » des débuts de Sonia Mabrouk et lui accordait toute sa confiance pour faire vivre le débat dans sa pluralité. Selon Le Parisien, elle aurait pourtant reconnu des « erreurs » dans le choix de certains invités, ce que Mabrouk conteste. ozapPuremédias

Sur le terrain de l’audience, le bilan est contrasté. « 100% Mabrouk » a réuni 372 000 téléspectateurs (2,6 %) pour sa première, puis jusqu’à 405 000 (3,1 %) le mercredi. Le jeudi 27 août, face à la rentrée de Pascal Praud sur CNews et au débat de LCI, l’émission est tombée à 264 000 téléspectateurs (1,9 %). Il s’agit de chiffres de lancement : on ne dispose pas ici de données plus récentes qui permettraient de juger d’une tendance. ozapozap

Ce qui se joue

Derrière la querelle de personnes, l’affaire pose une question de fond à une chaîne d’information continue en pleine précampagne présidentielle : comment concilier le pluralisme, la contradiction apportée aux invités et l’attractivité d’une émission d’access prime time, dans un paysage où CNews reste un concurrent direct ?

Chacun campe sur sa définition du pluralisme. Pour Mabrouk et la direction, il consiste à recevoir toutes les sensibilités. Pour les syndicats, il se mesure à la nature des invités et à la qualité du contradictoire. Pour LFI, il est déjà compromis. En publiant sur France 5 une défense qui reconnaît le droit de critiquer en interne, Maxime Switek tente une ligne médiane. Reste à savoir si elle suffira à apaiser une rédaction dont les syndicats ont promis de continuer à signaler ce qu’ils jugent être des manquements.

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