À Miami, le bastion de Trump se fissure sous le poids de la répression migratoire

À Miami, le bastion de Trump se fissure sous le poids de la répression migratoire

Des élus républicains hispaniques de Floride, autrefois indéfectibles soutiens du président, expriment désormais publiquement leur malaise face à l’ampleur des expulsions. À quelques mois des élections de mi-mandat, le parti craint d’en payer le prix dans son propre fief.


Une publicité qui fait l’effet d’une bombe

Face caméra, la représentante républicaine Maria Elvira Salazar s’adresse directement à Donald Trump dans une nouvelle publicité de campagne : certains volets de la politique migratoire de son administration seraient allés trop loin. Elle affirme que les mêmes électeurs hispaniques qui ont porté Trump à la Maison-Blanche en 2024 se sentent aujourd’hui trahis.

Le geste est loin d’être anodin. Salazar représente un district que Trump avait emporté avec quinze points d’avance il y a deux ans. Aujourd’hui, elle est au coude-à-coude dans les sondages face au présentateur Eliot Rodriguez, lui aussi d’origine cubaine, qui a qualifié cette publicité de signe de désespoir électoral.

Un conseiller de Trump confie à Axios recevoir régulièrement, de la part de partisans pourtant fervents, des vidéos tournées à Miami montrant des interpellations menées sans motif apparent, parfois jusque dans des stations-service.

Un vote pour la fermeté, pas pour le chaos

Miami-Dade, comté le plus peuplé de Floride, est un baromètre politique de premier plan : Trump l’a emporté en 2020 comme en 2024 grâce à un fort soutien latino, notamment cubain. Sur les 1,3 million d’électeurs inscrits, 62 % sont hispaniques, et ils représentent 76 % des électeurs républicains du comté.

Un sondage réalisé le mois dernier par un institut proche du camp républicain, dont les résultats ont été communiqués à Axios, illustre ce paradoxe. Si 63 % des électeurs hispaniques interrogés se disent favorables à l’expulsion des immigrants en situation irrégulière, cette adhésion s’effondre lorsqu’on les interroge sur la méthode : seuls 29 % approuvent la manière dont les expulsions sont conduites sur le terrain, contre 58 % qui la désapprouvent.

« Le soutien s’évapore. L’économie va mal et l’ICE est hors de contrôle », résume l’auteur du sondage, lui-même originaire de Miami. « Les gens ont le sentiment de ne pas avoir signé pour ça. »

Trump avait pourtant fait campagne sur la promesse d’expulsions massives, ciblant en priorité les immigrants ayant commis des délits. Mais ses détracteurs avaient prévenu dès le départ qu’une politique aussi offensive déboucherait sur des raids, des arrestations en pleine rue, des soupçons de profilage racial et des séparations familiales. « La promesse a été tenue, dans les grandes largeurs », résume sobrement le sondeur.

Doral, épicentre de la crise

C’est à Doral, ville où Trump possède l’un de ses parcours de golf et surnommée « Doralzuela » en raison de sa forte population vénézuélienne, que le malaise est le plus tangible. L’an dernier, l’administration a mis fin au Statut de protection temporaire (TPS) pour les Vénézuéliens, une mesure qui protégeait jusqu’à 1,3 million de personnes à l’échelle nationale, dont certaines en bénéficiaient depuis 1998.

Les commerces locaux en subissent directement les conséquences : travailleurs légaux privés d’autorisation de travail, résidents ayant fui la ville, habitants contraints de se cacher ou régulièrement interpellés par les agents fédéraux. Une restauratrice de Doral a rapporté à une chaîne locale une chute de 70 % de son chiffre d’affaires, avec des heures entières sans un seul client. La maire de la ville, une républicaine, dit désormais recevoir un flot ininterrompu de plaintes et tente publiquement de prendre ses distances avec l’administration, disant ne pas approuver la façon dont les choses sont menées.

Du côté de la Maison-Blanche, on assume la ligne dure : un responsable a rappelé à Axios que « temporaire veut dire temporaire », en soulignant que l’administration précédente avait laissé entrer des millions de personnes sous couvert de TPS et d’un programme que Trump a depuis abrogé.

Des républicains partagés entre inquiétude publique et prudence

Le collègue de Salazar, le représentant Mario Diaz-Balart, dont le district s’étend de Doral jusqu’à Naples sur la côte sud-ouest, confirme que ce message est transmis à l’administration depuis des mois. Il préfère toutefois agir en coulisses plutôt que de critiquer publiquement le président.

Les stratèges républicains ne redoutent pas tant un basculement massif des électeurs hispaniques conservateurs vers les démocrates qu’un simple recul de la mobilisation, susceptible de peser sur les scrutins législatifs, les élections locales et la course au poste de gouverneur. Un consultant républicain de premier plan met en garde : le candidat au poste de gouverneur, le représentant Byron Donalds, ferait bien de se méfier, tant sa course face au démocrate David Jolly s’annonce plus serrée que prévu.

Rubio, entre loyauté et pression communautaire

Figure politique cubano-américaine la plus connue de Miami, le secrétaire d’État Marco Rubio reste, lui, publiquement fidèle à la ligne dure de l’administration, malgré la grogne qui monte chez lui. L’ancien sénateur, pourtant associé en 2013 à une réforme migratoire bipartisane, voit son silence de plus en plus mal perçu par la communauté vénézuélienne, exaspérée par l’absence de soutien affiché à la tenue d’une élection au Venezuela et par la relation jugée transactionnelle de l’administration avec la présidente par intérim Delcy Rodriguez, arrivée au pouvoir après l’éviction du régime de Nicolas Maduro le 3 janvier. Un militant républicain d’origine vénézuélienne résume un sentiment grandissant : Trump n’aurait, au fond, cherché que le pétrole du pays.

Une mosaïque latino confrontée au même système

Miami-Dade abrite l’une des populations latino les plus diverses du pays. Les Cubano-Américains, majoritaires et historiquement les plus conservateurs en raison de l’exil consécutif à la révolution castriste de 1959, ont longtemps été rejoints dans leurs positions par des exilés nicaraguayens, colombiens ou vénézuéliens fuyant eux aussi des régimes autoritaires ou des violences politiques.

Mais ces communautés se retrouvent aujourd’hui soumises au même système d’application des lois que les Haïtiens de Miami ou les arrivants mexicains des grandes villes plus progressistes du pays. Les Cubains, qui bénéficiaient autrefois de protections migratoires étendues, sont désormais expulsés en nombre croissant vers le Mexique, voire vers des pays africains.

L’affaire qui a mis le feu aux poudres

La publicité de Salazar est intervenue après plusieurs jours de discussions entre son bureau, celui de Diaz-Balart et l’administration, autour de l’arrestation de Luis Galeano, journaliste nicaraguayen basé à Miami et titulaire d’une demande d’asile en cours d’examen. Le département de la Sécurité intérieure l’accuse d’avoir dépassé la durée de validité de son visa. Les deux élus rétorquent que sa procédure aurait dû être suspendue en raison de sa demande d’asile, elle-même motivée par sa couverture critique du régime du dictateur nicaraguayen Daniel Ortega, qui lui a confisqué ses biens et retiré sa nationalité.

« Il doit exister une meilleure façon de procéder », a déclaré Diaz-Balart. « C’est ce que j’entends partout. »


SOURCES: Axios (Marc Caputo), le 17 septembre 2026.

Photo: La Maison Blanche

Domaine public

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