Face à la colère sur la vie chère, François Hollande refuse de jouer la carte de la rue

Face à la colère sur la vie chère, François Hollande refuse de jouer la carte de la rue

À quelques mois d’une possible candidature à la présidentielle de 2027, François Hollande trace sa ligne : pas question pour lui d’appeler à manifester contre la vie chère. L’ancien président préfère se positionner en artisan de solutions plutôt qu’en porte-voix de la colère sociale, à rebours d’une partie de la gauche qui multiplie les appels à la mobilisation.

Alors que la rentrée politique s’annonce sous tension sur le front du pouvoir d’achat, François Hollande a choisi de se démarquer. Interrogé sur l’hypothèse d’un mouvement social d’ampleur contre la vie chère — dans un contexte où plusieurs partis de gauche appellent ouvertement à la mobilisation — l’ancien chef de l’État a expliqué ne pas envisager son rôle comme celui d’un meneur de manifestations. Il préfère, dit-il, se concentrer sur l’élaboration de réponses concrètes aux difficultés des Français plutôt que d’ajouter aux tensions du moment.

Une gauche divisée sur la stratégie de la rue

Cette prise de position intervient dans un climat social particulièrement fébrile. Ce week-end, le Parti socialiste et La France insoumise ont tous deux fait savoir qu’ils étaient prêts à soutenir des mouvements sociaux contre la vie chère, notamment face à la flambée des prix des carburants. Le premier secrétaire du PS et candidat à la présidentielle, Olivier Faure, a expliqué sur BFMTV ne pas se voir comme celui qui « conduit » le mouvement social, tout en assurant qu’il serait aux côtés des Français s’ils venaient à se soulever, jugeant intolérable que des travailleurs ne soient pas rémunérés à la hauteur de leur labeur.

Du côté de LFI, le coordinateur national Manuel Bompard a apporté son soutien à la mobilisation intersyndicale prévue le 29 septembre ainsi qu’à d’éventuels mouvements nés sur les réseaux sociaux. Quelques jours plus tôt, le secrétaire national du Parti communiste, Fabien Roussel, avait appelé les Français à descendre dans la rue et à occuper les ronds-points, en référence directe au mouvement des Gilets jaunes de 2018 — un appel qu’il avait déjà lancé en 2022.

Sur le terrain syndical, la CGT a de son côté programmé plusieurs rendez-vous de mobilisation en septembre, avec une journée d’action le 24 autour de la question salariale et de la vie chère, avant une grève et des manifestations interprofessionnelles annoncées le 29 septembre.

Dans ce paysage où plusieurs figures de gauche rivalisent d’appels à la mobilisation, la posture de François Hollande détonne. En choisissant de ne pas emboîter le pas à ce discours, l’ancien président affiche une méthode plus proche de la négociation institutionnelle que de la mobilisation de rue, fidèle à une ligne social-démocrate qu’il a défendue tout au long de son quinquennat.

Une stratégie présidentielle assumée

Cette prise de distance avec la logique de mobilisation n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans la stratégie plus large de retour en politique de François Hollande, dix ans après avoir renoncé à se représenter en 2017. L’ancien président a publié début septembre un livre-programme, Unir. Nouveau monde, nouvelle gauche, dans lequel il défend une gauche réformiste et sociale-démocrate. Il a également loué un local de campagne à Paris et créé une association de financement, Démocratie 2030 — autant de signaux d’une candidature en préparation, sans officialisation à ce stade.

François Hollande a par ailleurs confirmé qu’il ne participerait pas à la primaire organisée en octobre par le Parti socialiste et Place publique, où l’eurodéputé Raphaël Glucksmann fait figure de favori. Il assure ne pas vouloir « entraver » le processus et dit attendre l’issue de cette primaire pour évaluer la suite. Une décision officielle sur une éventuelle candidature n’est pas attendue avant décembre. En misant sur une gauche « qui n’a pas de candidat naturel » et en évitant soigneusement de se poser en agitateur social, l’ancien président semble vouloir incarner une alternative posée face à une offre de gauche plus radicale — un pari dont l’issue reste, à ce stade, incertaine.

photo par: COP Paris

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