Guerre en Ukraine : Kiev prête à la désescalade énergétique, mais reste méfiante envers Moscou

Guerre en Ukraine : Kiev prête à la désescalade énergétique, mais reste méfiante envers Moscou

Volodymyr Zelensky a affirmé lundi que l’Ukraine était disposée à prendre des « mesures de désescalade » sur les frappes visant les infrastructures énergétiques, à condition que la Russie fasse preuve d’une volonté réelle et durable d’y mettre fin. Une déclaration prudente qui contraste avec l’annonce triomphante de Donald Trump, selon qui Kiev et Moscou auraient déjà scellé un accord mutuel de cessation des frappes sur les cibles énergétiques — un « deal » que ni l’Ukraine ni la Russie n’ont pour l’heure confirmé dans les mêmes termes.

Un accord annoncé, mais pas confirmé

Tout est parti d’un message publié par le président américain sur son réseau Truth Social : Kiev aurait « accepté de ne pas attaquer des cibles énergétiques russes », et Moscou aurait « accepté de faire de même ». Une annonce qui intervenait au lendemain d’une sortie de Donald Trump reprochant vivement à l’Ukraine ses frappes contre les raffineries russes, qu’il tient en partie responsables de la flambée mondiale des prix du diesel — plutôt que la guerre entre Israël et l’Iran.

Mais dans son allocution quotidienne diffusée sur les réseaux sociaux, Volodymyr Zelensky n’a pas repris cette version à son compte. Le président ukrainien a posé une condition claire : « Si nos partenaires américains parviennent à obtenir de la Russie une réelle volonté de mettre fin à cette guerre qui détruit des vies, et de le faire sincèrement et durablement, l’Ukraine prendra ses propres mesures de désescalade. » Il a ajouté que Washington avait présenté « une proposition ferme concernant un arrêt mutuel des frappes contre les infrastructures critiques », et que si cette initiative pouvait constituer un premier pas vers la désescalade, Kiev était prête à la soutenir.

Autrement dit : une proposition américaine existe bel et bien, mais aucun engagement ferme et réciproque n’a, à ce stade, été acté par les deux belligérants. Le Kremlin, de son côté, n’a pas réagi dans l’immédiat aux propos du président ukrainien.

Président de l’Ukraine 

Domaine public

Une escalade des frappes qui dure depuis des mois

Cette séquence diplomatique s’inscrit dans un contexte de nette intensification des frappes à longue distance de part et d’autre du front. Depuis plusieurs mois, la Russie et l’Ukraine visent un nombre croissant de sites civils et stratégiques : usines, entrepôts, infrastructures énergétiques et portuaires, navires en mer Noire.

Ces attaques, qui font régulièrement des victimes civiles, ont eu des conséquences économiques lourdes des deux côtés de la frontière :

  • En Russie, elles ont provoqué une crise du carburant et pénalisé les géants du e-commerce Wildberries et Ozon.
  • En Ukraine, elles ont mis à l’arrêt une large part des exportations agricoles et frappé durement la métallurgie et la grande distribution.

Autre front qui s’aggrave : le réseau ferroviaire ukrainien. Le patron de la société gestionnaire des chemins de fer, Oleksandre Pertsovsky, a averti qu’« une campagne de frappes pratiquement ininterrompue » avait commencé contre les voies ferrées, avec une intensification « exponentielle » — chaque semaine étant, selon lui, pire que la précédente. Faute de liaisons aériennes depuis le début de la guerre en 2022, le train reste un maillon vital pour les civils, les diplomates étrangers et l’armée ukrainienne, que ce soit pour le transport de matériel militaire ou de marchandises. Cette mise en garde intervient au lendemain d’une frappe ayant touché un train près de la frontière polonaise.

Trump interpelle directement Zelensky

La question des prix du carburant est devenue un enjeu politique sensible pour Donald Trump, à l’approche des élections de mi-mandat de novembre. Dimanche, en marge d’un déplacement en Irlande, le président américain avait personnellement demandé à Volodymyr Zelensky d’« arrêter » les frappes ukrainiennes sur les raffineries de pétrole russes, mettant en avant l’envolée des prix à la pompe.

« La hausse du prix du diesel dans le monde est principalement causée par la guerre entre la Russie et l’Ukraine, et non par l’Iran », a-t-il affirmé — une lecture qui minimise l’impact du conflit israélo-iranien sur les marchés pétroliers, alors que la Russie demeure l’un des tout premiers exportateurs mondiaux de brut. Selon des données citées par plusieurs médias, les exportations russes de diesel auraient chuté d’environ 80 % sous leur moyenne quinquennale au mois d’août, sous l’effet conjugué des frappes ukrainiennes et d’un embargo sur les exportations.

Côté russe, les stations-service ukrainiennes restent elles aussi une cible régulière des bombardements.

Le Kremlin accuse Kiev d’avoir « ouvert la boîte de Pandore »

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a justifié dimanche l’intensification des frappes russes en en reportant la responsabilité sur l’Ukraine. « La Russie ne frappait pas tout ce qui bouge auparavant. Elle n’a commencé à le faire qu’après que les Ukrainiens ont eux-mêmes ouvert la boîte de Pandore », a-t-il affirmé — une déclaration qui illustre la difficulté à établir un récit commun entre les deux camps sur l’origine de l’escalade.

Vers une reprise des discussions ?

Sur le plan diplomatique, plusieurs jalons sont attendus dans les prochaines semaines. Les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner s’étaient rendus il y a deux semaines à Moscou puis à Kiev pour tenter de relancer des pourparlers au point mort depuis le début de l’année. Volodymyr Zelensky, qui doit rencontrer Donald Trump fin septembre à New York, dit espérer une reprise des discussions directes avec la Russie dès ce mois-ci — après les élections législatives russes tenues du 18 au 20 septembre. Le Kremlin, pour sa part, n’exclut pas la tenue d’une réunion en octobre.

Reste que la principale inconnue demeure la sincérité de l’engagement russe. Comme le résume la position ukrainienne : Kiev se dit prête à suspendre ses frappes énergétiques, mais seulement si Moscou renonce réellement et durablement à cibler l’électricité, les infrastructures critiques et les axes d’approvisionnement alimentaire ukrainiens — une garantie que ni Washington ni personne d’autre n’a, pour l’instant, été en mesure d’apporter.


SOURCES: Reuters, CNN, Euronews, Kyiv Independent, Bloomberg).

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