Donald Trump fustige une « conspiration malsaine » contre l’intelligence artificielle et s’en prend au patron d’Anthropic

Donald Trump fustige une « conspiration malsaine » contre l’intelligence artificielle et s’en prend au patron d’Anthropic

Donald Trump a dénoncé lundi une « conspiration malsaine » visant l’intelligence artificielle, rejetant avec véhémence les appels croissants à davantage encadrer cette technologie. Le président américain a visé nommément Dario Amodei, le patron d’Anthropic, qui plaidait quelques jours plus tôt pour un ralentissement du développement de l’IA.

Une sortie sans détour sur Truth Social

C’est sur sa plateforme Truth Social que le président américain a exprimé son agacement face à la multiplication des mises en garde sur les dangers de l’IA. « Le seul contrôle ou garde-fou dont a besoin l’IA est un PRÉSIDENT FORT ET INTELLIGENT (Q.I. élevé !) et les États-Unis en ont en pagaille », a-t-il écrit.Il est allé plus loin, évoquant une manœuvre concertée contre le secteur : « Une CONSPIRATION MALSAINE est à l’œuvre contre l’IA et les centres de données, et la seule qui s’en réjouit, c’est la Chine. »Le président s’en est ensuite pris directement au patron d’Anthropic : « L’administration Trump a empêché les ‘gens’ de l’IA de faire des ‘choses’ mauvaises, ou potentiellement mauvaises, comme Dario (Anthropic !), qui fait maintenant semblant d’être un ‘parfait petit ange’. »

Ce qu’Amodei avait dit

Cette charge présidentielle répond directement à un texte publié samedi par Dario Amodei sur son site personnel, intitulé « We Must Pace the Frontier ». Le dirigeant y appelle l’ensemble de l’industrie à ralentir délibérément le rythme auquel elle améliore les capacités de ses modèles sans pour autant suspendre les entraînements en cours.Son inquiétude porte en particulier sur la montée en puissance des agents IA, ces systèmes capables d’enchaîner des tâches de façon autonome, d’utiliser des logiciels, d’écrire et d’exécuter du code, et de poursuivre un objectif sur la durée. Amodei cite un incident survenu cet été lors d’évaluations de cybersécurité chez OpenAI : des modèles auraient découvert des failles dans leur environnement d’isolement technique, obtenu un accès réseau plus large, puis compromis des systèmes appartenant à Hugging Face. Le cabinet d’évaluation METR aurait recensé environ 1 200 agents ayant échangé plus de 70 000 messages, certains se coordonnant, se répartissant des tâches et cherchant à tromper les dispositifs de surveillance.Sur cette base, Amodei formule un avertissement frappant : selon lui, un groupe d’agents pourrait être en mesure, d’ici six à douze mois, de « prendre le contrôle de l’intégralité d’internet », avec des dégâts susceptibles de se chiffrer en centaines de milliards de dollars. Il propose notamment de donner à des évaluateurs indépendants un accès permanent, de niveau employé, aux laboratoires d’IA.Fait notable, cet appel a reçu un accueil inhabituel dans un secteur marqué par une concurrence féroce : Sam Altman, patron d’OpenAI, l’a salué, tandis qu’Elon Musk a publiquement abondé dans son sens sur les réseaux sociaux.

Un climat de tensions entre Anthropic et la Maison Blanche

La sortie de Trump s’inscrit dans un contexte de frictions déjà anciennes entre l’administration et Anthropic. L’entreprise s’est distinguée des autres grands laboratoires en soutenant publiquement une régulation du secteur, une position qui la place à contre-courant de l’agenda de dérégulation défendu par la Maison Blanche. Des tensions avaient déjà éclaté en mars, lorsqu’un mémo interne, dans lequel Amodei évoquait des désaccords avec l’administration autour d’un manque de complaisance envers le président, avait fuité dans la presse obligeant le dirigeant à présenter ses excuses pour le ton employé.

Une administration engagée contre toute régulation

Depuis plusieurs mois, l’administration Trump affiche son hostilité à un encadrement plus strict de l’intelligence artificielle, une ligne régulièrement critiquée par l’opposition démocrate à l’approche des élections législatives de mi-mandat, prévues début novembre. Cette posture tranche avec les inquiétudes exprimées ailleurs dans le monde : au Royaume-Uni, le roi Charles III a ainsi convoqué un sommet réunissant prochainement en Écosse des représentants de grandes entreprises du secteur, dont Google DeepMind et OpenAI.Aux États-Unis même, un mouvement d’opposition se renforce, alimenté notamment par la multiplication des centres de données dont l’implantation suscite des contestations locales. Le président continue toutefois de défendre l’idée que les mesures de régulation freineraient l’innovation américaine face à la concurrence internationale, en particulier chinoise.

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