En Ukraine, l’hiver est devenu un champ de bataille
Une frappe massive contre le réseau électrique de Kyiv ouvre ce que beaucoup d’Ukrainiens redoutent comme la saison la plus dure de la guerre. Faute de trêve énergétique, les deux camps s’apprêtent à viser l’un et l’autre les infrastructures de l’adversaire.
Dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre, la Russie a lancé sa plus lourde attaque combinée contre des sites énergétiques ukrainiens depuis des mois, avec près de 190 drones et missiles balistiques. Selon le président Volodymyr Zelensky, sept personnes, dont un enfant, ont été tuées et des infrastructures critiques ont été touchées dans cinq régions. L’opérateur du réseau, Ukrenergo, a dû imposer ses premières coupures d’urgence depuis le printemps à Kyiv et dans trois régions voisines. Une centrale importante de la capitale a été endommagée, et certains tramways et trolleybus se sont arrêtés en pleine heure de pointe. Russia launches major attack on Ukraine’s energy grid as winter looms, seven killed – ABC News +2
Moscou affirme avoir frappé des centrales de la région de Kyiv, un complexe industriel près d’Odessa et des installations portuaires à Ismaïl. Kyiv y voit une opération délibérée, destinée aussi à détourner l’attention d’une offensive terrestre dans l’Est qui, selon le ministre des Affaires étrangères Andrii Sybiha, a ralenti depuis l’an dernier.
Une stratégie rodée
Cette attaque n’a surpris personne. Le Premier ministre, Sergii Koretskyi, a rappelé qu’il n’y avait pratiquement plus de jour sans attaque contre le secteur énergétique depuis l’été, mais qu’une frappe combinée de cette ampleur n’avait pas eu lieu depuis la fin de la dernière saison de chauffage.
Le schéma est connu. Depuis 2022, la Russie aurait lancé environ 12 700 drones et 2 900 missiles contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes. Le dernier hiver en a montré le coût. À la mi-janvier, le président avait décrété l’état d’urgence dans le secteur de l’énergie, et les services de sécurité comptaient au moins 256 frappes sur des installations énergétiques et de chauffage depuis octobre. Le ministre de l’Énergie reconnaissait alors qu’aucune centrale du pays n’avait échappé aux tirs russes. Les Kiévites avaient vécu des semaines d’appartements glacés, par températures record. Russian strikes against Ukrainian infrastructure +2
La Russie nie viser des cibles civiles, malgré les nombreux éléments qui contredisent cette position. L’ONU, de son côté, avertissait dès l’automne dernier du risque de coupures prolongées de chauffage, d’électricité et d’eau pour les civils. CNNun
Une guerre de l’énergie à double sens
Ce qui change cette année, c’est que l’énergie est devenue un enjeu des deux côtés. L’Ukraine a mis au point et utilisé des milliers de drones à longue portée contre des entrepôts, des infrastructures portuaires et des raffineries russes. Ces frappes pèsent sur l’économie russe : une crise du carburant touche le pays depuis l’été 2025, et la Crimée occupée a connu en juin des pénuries sévères d’essence. cyprus-mail
Le 1er octobre encore, Zelensky a annoncé la frappe d’une raffinerie dans la région de Samara, à environ 860 kilomètres de Moscou.
Devant l’Assemblée générale de l’ONU, le 23 septembre, le président ukrainien a prévenu que, sans accord sur une trêve énergétique avant le froid, son pays rendrait l’hiver très douloureux pour la Russie aussi. Il s’est dit prêt à un cessez-le-feu énergétique réciproque, à condition de garanties de ses partenaires. cyprus-mail
Pourquoi la trêve échoue
Un tel accord paraît logique : protéger les réseaux ukrainiens contre les raffineries russes. Mais Donald Trump avait affirmé le mois dernier que Moscou et Kyiv s’étaient entendus pour cesser les attaques énergétiques, ce que les deux capitales ont aussitôt démenti. Dans la nuit du 15 septembre, des drones ukrainiens ont frappé une raffinerie de Samara pendant que des stations-service de Kyiv étaient touchées par des tirs russes, ce qui montre que cet arrangement ne tenait pas. CNBC
Selon une analyse du centre NEST, l’asymétrie bloque tout. Kyiv veut sécuriser son réseau, tandis que Moscou réclame aussi la fin des frappes sur les terminaux maritimes et un assouplissement des restrictions européennes visant sa « flotte fantôme ». Le Kremlin, selon cette lecture, estime qu’en détruisant le système énergétique ukrainien il neutraliserait la capacité de Kyiv à frapper en retour. Cette interprétation reste une analyse, non une position officielle de Moscou.

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L’hiver, test de résistance
Les Ukrainiens se préparent donc à un nouvel hiver de coupures. Les prévisions annoncent déjà des nuits sous zéro à Kyiv dans les prochains jours. Des réparations sont possibles : le fournisseur DTEK a ainsi rétabli le courant pour 8 000 abonnés de la rive gauche de la capitale. Mais les équipes de réparation travaillent sous la menace de nouvelles salves, et l’Ukraine manque d’intercepteurs pour faire face aux tirs nocturnes de missiles.
L’enjeu dépasse la technique. Pour Moscou, l’hiver est un moyen d’user la population. Pour Kyiv, c’est le moment de montrer qu’elle peut résister, tout en rendant l’épreuve plus coûteuse pour son adversaire. Tant qu’aucune trêve n’est conclue, chaque degré perdu sera aussi un indicateur politique.
Sources principales : Reuters (via ABC News, 1er octobre 2026) ; CNBC ; EA WorldView ; CNN (janvier 2026) ; Mission de surveillance des droits de l’homme de l’ONU en Ukraine ; Reuters (discours à l’ONU, 23 septembre) ; NEST Centre ; Wikipédia (chiffres cumulés).



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