Aux États-Unis, Sanders et Takano relancent la bataille pour une semaine de travail à 32 heures

Aux États-Unis, Sanders et Takano relancent la bataille pour une semaine de travail à 32 heures

Le sénateur indépendant du Vermont Bernie Sanders et le représentant démocrate de Californie Mark Takano ont annoncé, le 8 septembre, la réintroduction du « Thirty-Two Hour Workweek Act », un texte qui vise à faire passer la durée légale de la semaine de travail de 40 à 32 heures aux États-Unis, sans réduction de salaire ni d’avantages sociaux. Déposée à la Chambre des représentants sous la référence H.R. 10323 et renvoyée à la commission Éducation et Travail, la proposition doit également être présentée au Sénat par M. Sanders, qui préside le groupe minoritaire de la commission Santé, Éducation, Travail et Pensions (HELP).

Un texte qui modifierait une norme vieille de 1940

Le projet de loi propose de modifier le Fair Labor Standards Act, la loi fédérale sur les normes du travail adoptée en 1938, qui fixe depuis 1940 le seuil de déclenchement des heures supplémentaires à 40 heures hebdomadaires. Le texte prévoit un abaissement progressif de ce seuil à 32 heures sur une période de transition de quatre ans. Concrètement, il ne s’agirait pas d’imposer d’office une semaine de quatre jours à tous les salariés américains : la réforme jouerait sur le levier des heures supplémentaires, rendant plus coûteux pour les employeurs le fait de faire travailler leurs salariés non-cadres au-delà de 32 heures, sans toucher à leur rémunération ni à leurs prestations.

Au Congrès, l’idée n’est pas nouvelle. M. Takano avait déjà déposé des versions similaires en 2021 et en 2023, avant que M. Sanders ne porte le sujet devant le Sénat en 2024, année où la commission HELP avait organisé une audition sur l’opportunité de réduire la semaine de travail. Aucune de ces tentatives précédentes n’était parvenue à sortir des commissions parlementaires.

Photo: Pixabay

L’argument de la productivité et de l’intelligence artificielle

Les deux élus justifient leur initiative par un écart persistant entre gains de productivité et rémunération des salariés. Selon des chiffres avancés par le bureau de M. Takano, la productivité des travailleurs américains aurait progressé d’environ 93 % entre 1979 et 2026, tandis que la rémunération horaire moyenne n’aurait augmenté que d’environ 34 % sur la même période. Pour les porteurs du texte, cet écart montre que les gains liés à la productivité ont surtout profité aux entreprises et à leurs actionnaires, une dynamique qu’ils jugent appelée à s’amplifier avec la diffusion de l’intelligence artificielle dans l’économie. M. Sanders a évoqué, dans sa communication, un transfert de richesse massif des 90 % les moins favorisés vers le centile le plus riche au cours des dernières décennies.

Le texte est soutenu par plusieurs grandes organisations syndicales, dont l’AFL-CIO, le SEIU et l’UAW, ainsi que des syndicats représentant infirmières et personnel navigant, signe d’un ancrage du projet dans le mouvement ouvrier organisé.

Une popularité qui dépasse le seul cercle progressiste

Le soutien de l’opinion publique à une semaine de travail plus courte semble réel : une enquête Bankrate menée en 2023 auprès de plus de 2 300 adultes américains indiquait qu’environ 81 % des salariés à temps plein se disaient favorables à un modèle de semaine de quatre jours, l’adhésion étant particulièrement forte chez les parents confrontés aux frais de garde d’enfants et chez les jeunes actifs.

Les statistiques officielles montrent par ailleurs que la durée réelle du travail a déjà tendance à diminuer aux États-Unis. Selon le Bureau of Labor Statistics, la durée hebdomadaire moyenne dans le secteur privé non agricole s’établissait à 34,4 heures en août 2026 — un chiffre qui inclut toutefois les emplois à temps partiel et certains secteurs où les horaires à temps plein sont plus courts, ce qui explique l’écart avec le seuil légal de 40 heures. Le secteur manufacturier, où les horaires restent plus longs, affichait de son côté une moyenne de 40,5 heures. Sur le plan international, les États-Unis ne feraient pas figure de pionniers : la France a instauré une semaine légale de 35 heures dès 2000.

Une opposition patronale déjà mobilisée

Face à ce texte, les organisations patronales et une partie des élus républicains ont fait connaître leur hostilité, reprenant des arguments déjà avancés lors des précédentes tentatives législatives, tant au niveau fédéral que dans plusieurs États comme la Californie ou l’État de Washington. Le sénateur républicain de Louisiane Bill Cassidy, membre de haut rang de la commission HELP, a estimé qu’une réduction généralisée du temps de travail obligerait les entreprises à embaucher davantage de personnel pour un même volume d’heures, un coût supplémentaire qui serait, selon lui, répercuté sur les consommateurs et menacerait particulièrement les petites entreprises fonctionnant avec de faibles marges.

Des organisations comme la Society for Human Resource Management ont pour leur part critiqué une approche jugée uniforme, mal adaptée à la diversité des secteurs économiques, notamment ceux qui reposent sur un travail manuel difficilement compressible, comme l’industrie ou l’agriculture. Des mobilisations patronales similaires avaient déjà fait échouer des textes comparables au niveau des États, notamment en Californie, où la Chambre de commerce de l’État avait qualifié un projet voisin de « tueur d’emplois ».

Un avenir législatif incertain

Dans un Congrès où aucune majorité claire ne s’est jusqu’ici dégagée en faveur d’une telle réforme, les observateurs jugent peu probable que le texte progresse rapidement. Les précédentes versions du projet n’avaient pas dépassé le stade de la commission. Ses défenseurs le présentent néanmoins comme une étape dans un débat de fond appelé à s’installer durablement, à mesure que l’automatisation et l’intelligence artificielle transforment la productivité du travail — et la question de qui en récolte les bénéfices.

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