Pétrole : le détroit d’Ormuz rouvre, mais la pompe ne le sait pas encore

Pétrole : le détroit d’Ormuz rouvre, mais la pompe ne le sait pas encore

Les tankers de brut reprennent la mer, les cours du baril fléchissent. Pourtant, diesel et essence restent hors de prix. La raison tient à un malentendu : personne ne roule au pétrole brut.

C’est une bonne nouvelle qui ne se voit pas à la station-service. Le brut circule de nouveau par le détroit d’Ormuz à un rythme qui se rapproche des niveaux d’avant-guerre, notamment grâce à une opération de la marine américaine qui sécurise une partie du passage. Les exportations de brut du Moyen-Orient ont atteint en septembre leur plus haut niveau depuis février, autour de 12,8 millions de barils par jour. Le Brent a d’ailleurs reculé mardi sous la barre des 104 dollars. yahoorollingout

Mais les automobilistes et les transporteurs n’ont pas vu la différence. Aux États-Unis, l’essence ordinaire se vendait environ 4,47 dollars le gallon et le diesel routier environ 6,38 dollars, selon le relevé de l’EIA du 28 septembre. Pourquoi ce décalage ? Substack

Le brut n’est pas le carburant

L’explication tient en une phrase, reprise par Mark Finley, de l’Institut Baker de l’université Rice : personne ne consomme directement du brut. Entre le puits et la pompe, il y a une étape industrielle, le raffinage. C’est elle qui coince. yahoo

Avant la guerre, le détroit voyait passer quelque 20 millions de barils par jour, dont environ 15 millions de brut et 5 millions de produits raffinés. Les premiers reviennent. Les seconds beaucoup moins : selon l’Agence internationale de l’énergie, les exportations nettes de diesel et de gasoil des pays du Golfe n’ont atteint que 390 000 barils par jour en août, à peine plus du quart de leur niveau d’avant le conflit. Les estimations varient selon les sources : JP Morgan évoque, pour l’ensemble des produits, un peu plus de 50 % des volumes d’avant-guerre. Dans tous les cas, on est loin d’un retour à la normale. Hormuz Closure Causing Catastrophic Global Diesel Shortages in 2026 +2

Des raffineries touchées, des capacités introuvables

Le problème est physique. Les attaques contre les installations du Golfe, cumulées aux perturbations du transport maritime, ont fait tomber la production de produits raffinés de la région à 7,6 millions de barils par jour au deuxième trimestre, contre 9,6 millions un an plus tôt. Les raffineries, rappelle un analyste, sont des installations massives, immobiles et inflammables : on ne les redémarre pas d’un simple ordre diplomatique. atlanticcouncil

Le Golfe n’est pas seul en cause. La Russie, deuxième exportateur mondial de diesel, aurait perdu environ un quart de sa capacité de raffinage sous les frappes ukrainiennes au premier semestre. Et le reste du monde n’a pas de marge : les raffineries américaines tournaient à 97 % de leur capacité mi-septembre. La seule réserve significative se trouve en Chine, qui a restreint ses exportations de carburants pour protéger son marché intérieur. Diesel Shortage Today: Where Supply Is Tight & Why +2

Conséquence : un écart inhabituel entre le prix du brut et celui de ses dérivés. L’EIA s’attend à ce que la marge de raffinage du diesel américain, l’écart entre le gasoil de gros et le brut, dépasse 2 dollars le gallon jusqu’en novembre. Autrement dit, même un baril moins cher ne fait pas mécaniquement baisser la facture. cruxinvestor

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Les stocks, l’autre angle mort

Les gouvernements ont puisé dans leurs réserves stratégiques pour amortir le choc. Or ces stocks étaient surtout constitués de brut, qu’il faut raffiner avant usage, ce qui ramène au même goulot d’étranglement. Et il faudra les reconstituer : les pays qui ont vidé leurs stocks stratégiques et commerciaux devront tôt ou tard racheter ces barils, ce qui soutiendra la demande et les prix. Foreign Policyoilprice

Un rebond fragile

Reste l’incertitude politique. Le volume qui transite continue de varier fortement, et les marchés doutent qu’il puisse se maintenir à son niveau d’avant-guerre sans avancée diplomatique majeure. Les assureurs, les armateurs et le déminage pèsent aussi sur le rythme de la reprise : rouvrir le détroit, ce n’est pas la même chose que restaurer des flux normaux. yahoooilprice

Et ensuite ?

Les perspectives ne plaident pas pour un soulagement rapide. Plusieurs analystes jugent que la pénurie de capacités de raffinage pourrait maintenir des carburants chers jusqu’en 2027, même si Ormuz rouvre pleinement. Pire pour les producteurs : une réouverture pourrait déclencher une chute du brut à mesure que les barils bloqués reviennent, creusant encore l’écart avec les produits raffinés. Standard Chartered anticipe de son côté des prix élevés qui persistent en 2027 et au-delà, les acteurs du secteur constituant désormais des stocks plus importants au détriment de l’efficience d’hier. Global refining crunch to keep fuel prices high into 2027 +2

À Washington, la pression monte pour agir sur les prix intérieurs. L’idée d’une restriction des exportations de diesel circule, mais les économistes y voient un remède risqué : comme les raffineries produisent plusieurs carburants à la fois, réduire leur activité ferait monter les prix de l’essence et du kérosène. Foreign Policy

Ce qu’il faut retenir : le rebond des flux de brut est réel et rassurant pour les marchés financiers. Mais le consommateur paie un produit fini, et la capacité mondiale à le fabriquer est, pour l’instant, le vrai maillon faible. Tant que les raffineries du Golfe et de Russie ne seront pas réparées et que les stocks ne seront pas reconstitués, la pompe restera en décalage avec le baril.

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