Timothy Mellon, le mécène de Trump, referme son portefeuille : un possible désaveu pour les sénateurs républicains

Timothy Mellon, le mécène de Trump, referme son portefeuille : un possible désaveu pour les sénateurs républicains

Le milliardaire reclus, plus gros donateur individuel de la campagne 2024, n’a versé aucune contribution publique aux candidats républicains au Sénat cette année — un geste qui semble lié à l’échec du Sénat à faire passer une loi électorale chère à Donald Trump.

L’un des plus généreux mécènes du Parti républicain a coupé les vivres aux candidats sénatoriaux du GOP à l’approche des élections de mi-mandat de novembre, un revirement spectaculaire qui inquiète les stratèges du parti à quelques semaines du scrutin.

Selon une analyse des déclarations fédérales de financement électoral publiée mercredi par le New York Times, Timothy Mellon, 84 ans, n’a effectué aucun don public en faveur des candidats républicains au Sénat depuis le début du cycle électoral. Ses versements globaux aux candidats et groupes républicains ont chuté à environ 3,1 millions de dollars — une somme dérisoire comparée aux quelque 197 millions de dollars qu’il avait injectés dans des structures politiques fédérales lors du cycle 2024, dont 150 millions versés au seul super PAC pro-Trump MAGA Inc.

Une brouille liée à la loi électorale SAVE America

Des personnes proches du dossier attribuent ce retrait à la colère de Mellon après l’échec des sénateurs républicains à faire adopter le SAVE America Act, la réforme électorale portée par Donald Trump. Ce texte imposerait la présentation de documents prouvant la citoyenneté américaine pour s’inscrire sur les listes électorales et une pièce d’identité pour voter, tout en durcissant les règles applicables au vote par correspondance.

Selon le Times, Mellon aurait exprimé son mécontentement après avoir reçu une sollicitation de collecte de fonds de la part des sénateurs républicains. Il aurait répondu personnellement qu’aucun don ne serait versé, invoquant l’incapacité des sénateurs à faire adopter la loi.

Le chef de la majorité au Sénat, John Thune, s’était pourtant dit favorable au texte, mais il a répété à plusieurs reprises que les voix nécessaires manquaient pour contourner l’obstruction parlementaire (le filibuster) et l’adopter à la seule majorité républicaine. Thune a expliqué début mars qu’il ne céderait pas aux demandes de Trump et des élus les plus conservateurs de recourir à une manœuvre procédurale pour contourner l’obstruction démocrate et faire adopter le texte à la majorité simple, estimant que les voix républicaines manquaient pour engager — et a fortiori soutenir — un « filibuster parlé ». Il avait résumé la situation en affirmant qu’il s’agissait d’une simple question arithmétique, contre laquelle il ne pouvait rien.

Fin avril, des sénateurs démocrates affirmaient déjà que le texte, qu’ils comparent à une version modernisée des lois Jim Crow, était au point mort faute de soutien suffisant. Les Démocrates s’opposent unanimement à la mesure, que Trump n’a cessé de réclamer aux élus républicains.

Photo par: Michael Vadon

Creative Commons Attribution-Partage à l’Identique 2.0

Un donateur généreux, mais pas totalement retiré

Le retrait de Mellon n’est toutefois pas total. Le Times rapporte qu’il a versé 20 millions de dollars au Congressional Leadership Fund, le principal comité de soutien aux candidats républicains à la Chambre des représentants — un don effectué en août mais qui n’apparaît pas encore dans les rapports publics de financement électoral.

L’homme d’affaires, petit-fils du financier Andrew W. Mellon (secrétaire au Trésor de 1921 à 1932) et à la tête de la société de services industriels Pan Am Systems, s’était imposé ces dernières années comme l’un des piliers financiers du camp Trump. Il avait notamment versé 30 millions de dollars au Senate Leadership Fund en 2020, puis environ 30 millions supplémentaires répartis entre différents groupes dédiés aux courses sénatoriales lors des deux cycles suivants.

D’autres grands donateurs ont en partie comblé ce vide, et le principal groupe de soutien extérieur des candidats républicains au Sénat reste, selon le Times, solidement financé à l’approche du scrutin de novembre. Les représentants de Mellon ont refusé de commenter cette information.

Un donateur longtemps discret devenu incontournable

Timothy Mellon est resté dans l’ombre pendant l’essentiel de sa vie politique. Entre 1996 et 2018, il n’avait versé qu’environ 350 000 dollars à des causes politiques. Sa générosité a explosé à partir de 2020, avant d’atteindre son apogée lors du cycle 2024, où il est devenu le premier donateur à dépasser les 100 millions de dollars de contributions fédérales déclarées pour une même élection — devançant tous les autres mécènes républicains, à l’exception d’Elon Musk.

Son influence a de nouveau fait la une l’automne dernier lorsqu’il a été identifié comme le donateur anonyme ayant versé 130 millions de dollars pour continuer à payer les militaires américains pendant la fermeture partielle du gouvernement fédéral, un geste salué par Trump qui l’avait qualifié de « patriote » sans révéler son identité.


Ce que Timothy Mellon compte faire du reste de sa fortune pendant les dernières semaines de la campagne demeure incertain. Son geste illustre néanmoins les tensions grandissantes entre l’aile la plus dure du mouvement MAGA et une direction sénatoriale républicaine accusée de manquer d’audace sur les priorités législatives de Donald Trump.

Laisser un commentaire

You May Have Missed