Suisse : la BNS maintient son taux directeur à 0%, un pari à contre-courant des grandes banques centrales

Suisse : la BNS maintient son taux directeur à 0%, un pari à contre-courant des grandes banques centrales

La Banque nationale suisse (BNS) a une nouvelle fois choisi la voie de la stabilité. Réunie jeudi à Berne pour son troisième examen trimestriel de la situation économique et monétaire, l’institution dirigée par Martin Schlegel a décidé de conserver son taux directeur à 0%, niveau où il se trouve depuis juin 2025. Une décision qui confirme le statut très particulier de la Suisse sur l’échiquier monétaire mondial : elle affiche désormais le taux directeur le plus bas parmi les grandes banques centrales dans le monde. RTSboursorama

Un statu quo assumé malgré la remontée de l’inflation

La décision n’allait pourtant pas de soi. Ces derniers mois, l’inflation en Suisse s’est accélérée, portée notamment par la guerre au Moyen-Orient et la flambée des prix pétroliers qui en a résulté. Selon les données publiées avant la réunion, le renchérissement était passé à 0,8% en août, après 0,4% en juillet — un mouvement suffisamment net pour que certains observateurs s’interrogent sur une possible sortie de la BNS de sa politique du taux zéro. boursoramaFrontaliere Ticino

Il n’en a rien été. Dans son communiqué, l’institut d’émission a jugé que sa politique monétaire « est appropriée pour maintenir l’inflation dans la plage de stabilité des prix et soutient l’activité », rappelant qu’elle vise une inflation comprise entre 0% et 2% — une fourchette dans laquelle la Suisse reste très largement installée, malgré la récente accélération. Selon la RTS, l’inflation suisse évolue actuellement entre 0,7% et 0,8%, un niveau qui reste sans commune mesure avec celui observé dans la zone euro ou aux États-Unis. Frapp | La BNS maintient son taux directeur à zéro +2

La BNS n’exclut cependant pas de nouvelles turbulences. Elle a averti que « le contexte relatif à la politique commerciale et l’évolution des cours de change restent des facteurs d’incertitude », et a réaffirmé sa disponibilité à agir sur le marché des changes si nécessaire pour « garantir des conditions monétaires appropriées ». FrappFrapp

Banque nationale suisse à Berne, Suisse, photo prise en 2024 par Robbie Conceptuel

Conceptuel

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Une croissance suisse revue nettement à la hausse

Si le front des taux reste figé, celui de la croissance a en revanche été révisé en profondeur. La banque centrale a relevé sa prévision de croissance du produit intérieur brut suisse à une fourchette de 1,5% à 2,0% pour 2026, contre environ 1% lors de son estimation de juin. Un net coup d’optimisme qui traduit une économie helvétique plus résiliente qu’anticipé face aux vents contraires internationaux — tensions commerciales, incertitudes géopolitiques et pressions sur le franc. RTS

La Suisse, îlot de stabilité face à la Fed et à la BCE

Ce statu quo prend tout son sens comparé aux trajectoires suivies par les autres grandes banques centrales. À l’inverse de la Réserve fédérale américaine et de la Banque centrale européenne, qui ont récemment relevé leurs taux directeurs, l’institut d’émission suisse a fait le choix inverse. La BCE a ainsi procédé le 10 septembre à sa deuxième hausse de l’année, portant son taux de dépôt à 2,50% et son taux de refinancement principal à 2,65%, dans un contexte où l’inflation de la zone euro dépasse toujours son objectif de 2%. Du côté américain, les taux de la Fed se situent dans une fourchette de 3,50% à 3,75%. Frapp

Entre un franc traditionnellement recherché comme valeur refuge et une inflation domestique restée historiquement modérée, la BNS dispose ainsi d’une marge de manœuvre que ses homologues n’ont plus. Sur le marché des changes, la décision a d’ailleurs eu un impact limité : le franc suisse s’est légèrement affaibli après l’annonce, s’échangeant quasiment stable face à l’euro à 0,9395 franc et à 0,8247 franc face au dollar américain. Boursorama

Ce choix confirme aussi une tendance de fond : selon la radio 20 minutes, alors que les taux remontent à l’étranger, la BNS maintient son taux directeur à 0%, les marchés n’anticipant des hausses en Suisse qu’au plus tôt l’année prochaine. Il s’agit là, selon la RTS, de la quatrième fois consécutive que l’institution opte pour le statu quo monétaire, illustrant la constance de la ligne adoptée depuis l’abandon des taux négatifs à la mi-2025. 20 minutesRTS

Un consensus sans surprise chez les économistes

La décision ne surprend guère les analystes. Avant même la réunion de jeudi, les experts économiques étaient unanimes à estimer que le taux directeur resterait inchangé à 0,0%, jugeant qu’il n’y avait pas lieu d’intervenir immédiatement sur le coût de l’argent malgré la remontée récente des prix. En revanche, les prévisions pour la fin 2027 divergent nettement, les estimations des analystes allant de 0,00% à 0,75% — signe que l’incertitude, elle, demeure bien réelle au-delà de l’horizon immédiat. Frontaliere TicinoFrontaliere Ticino


En résumé : en maintenant son taux à 0% jeudi, la BNS mise sur la solidité de son ancrage des prix plutôt que sur une réaction réflexe à la poussée inflationniste liée au pétrole. Une stratégie qui la distingue nettement de la Fed et de la BCE, et qui s’appuie sur des perspectives de croissance revues à la hausse — au prix, toutefois, d’une vigilance affichée sur le franc et les tensions commerciales internationales.

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