Potasse : pourquoi Trump préfère désormais le Bélarus au Canada

Potasse : pourquoi Trump préfère désormais le Bélarus au Canada

Un nouvel accord qui bouscule le marché des engrais nord-américain

Donald Trump a annoncé, lundi 21 septembre 2026, travailler à la conclusion d’un « accord massif » pour acheter de la potasse au Bélarus. Une décision aux allures de pied de nez adressé à Ottawa, alors que les deux voisins nord-américains sont engagés depuis plusieurs mois dans une guerre commerciale ouverte. CP24

Sur son réseau Truth Social, le président américain a justifié ce choix par des considérations purement tarifaires : les prix pratiqués par le Bélarus seraient « nettement inférieurs » à ceux que paient actuellement les acheteurs américains aux exportateurs canadiens. Il a présenté cette perspective d’accord comme une « très bonne nouvelle » pour les agriculteurs et éleveurs américains. Le Canada FrançaisLe Canada Français

Le Bélarus, un partenaire commercial sous haute tension diplomatique

Le choix interroge autant qu’il surprend. Le Bélarus est un État autoritaire, considéré comme un proche allié de la Russie, et son dirigeant Alexandre Loukachenko fait l’objet d’un isolement diplomatique occidental de longue date en raison de la répression de son opposition et de son soutien à l’invasion russe de l’Ukraine. Le Canada Français

Cette proximité n’a pourtant pas empêché Washington de rouvrir la porte au marché bélarusse. En décembre 2025, les États-Unis avaient déjà accepté de lever les sanctions frappant la potasse bélarusse, en échange de la libération par Loukachenko de 123 prisonniers, dont le lauréat du prix Nobel de la paix Ales Bialiatski et l’opposante Maria Kalesnikava, dans le cadre d’un accord négocié par l’émissaire spécial de Trump. Ce dégel reste toutefois partiel : la potasse bélarusse demeure sous sanctions européennes, et le pays, enclavé, est interdit d’exportation via le port lituanien de Klaipeda depuis février 2022. us lifts sanctions on belarusian potash state media cite trump envoy as saying ce7d50d8df8ff623 +2

Pourquoi le Canada reste-t-il visé malgré son rôle central ?

La potasse est un sel de potassium principalement extrait pour la fabrication d’engrais, qui favorise la croissance des cultures et améliore les rendements agricoles. Or, sur ce marché, le Canada occupe une position dominante : le pays a exporté près de 22,9 millions de tonnes de potasse en 2024, soit plus de 39 % des exportations mondiales, et les États-Unis importent environ 85 % de leur potasse depuis le Canada — une dépendance que confirment plusieurs sources évoquant un taux supérieur à 80 %. EURONEWS 🔵 Trump défend un « énorme » accord sur la potasse bélarusse aux dépens du Canada +2

Le Bélarus, de son côté, ne représente qu’un acteur secondaire à l’échelle mondiale : il se classe troisième producteur de potasse, derrière la Russie et le Canada. CP24

Fait notable, ce bras de fer commercial s’inscrit dans un climat de tensions bien plus large. Depuis 2025, Washington a multiplié les hausses tarifaires contre Ottawa, jusqu’à imposer des droits de douane pouvant atteindre 35 % sur certains produits non couverts par l’accord de libre-échange nord-américain (ACEUM/CUSMA). Le Canada a répliqué en instaurant, le 8 septembre 2026, des tarifs douaniers ciblant l’acier, les produits laitiers et l’électronique américains, entre autres secteurs. Al Jazeera

Mais la potasse, elle, a jusqu’ici toujours été épargnée par cette escalade. La potasse demeure exemptée des droits de douane américains, un choix stratégique assumé par la Maison-Blanche : les responsables de l’administration Trump ont rappelé à plusieurs reprises n’avoir pas taxé le pétrole, l’énergie, l’uranium et la potasse canadiens, sans intention de changer de cap à ce stade. L’annonce d’un accord avec Minsk apparaît donc moins comme une rupture immédiate que comme un levier de pression supplémentaire sur Ottawa, dans un contexte où certains responsables politiques canadiens, comme le chef néo-démocrate fédéral, ont eux-mêmes évoqué l’idée d’utiliser l’exportation de potasse comme arme de rétorsion. businesswireBNN Bloomberg

Une dépendance américaine difficile à effacer

Reste que la marge de manœuvre réelle des États-Unis pour se passer du Canada semble limitée. Selon l’organisation professionnelle Fertilizer Canada, les États-Unis ne disposent pas de réserves suffisantes pour répondre à leur demande intérieure : les agriculteurs américains ont utilisé 5,3 millions de tonnes de potasse en 2023, alors que le pays n’en a produit qu’environ 400 000 tonnes, contre près de 21,9 millions de tonnes produites au Canada la même année. L’organisation souligne également qu’augmenter la production nationale américaine ne peut se faire du jour au lendemain et pourrait prendre de 10 à 15 ans. donald trump tariffs fertilizer industry reaction +3

De quoi relativiser la portée immédiate de l’accord annoncé par Donald Trump avec le Bélarus : un signal politique fort, mais qui ne devrait pas, à court terme, bouleverser la place centrale qu’occupe le Canada dans l’approvisionnement agricole américain.

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