Guerre Iran–Israël–États-Unis : sept mois après, un conflit « gelé » qui peut se rallumer cette semaine
Plus de 200 jours après les premières frappes américano-israéliennes du 28 février, la guerre contre l’Iran n’est ni finie ni pleinement rallumée. Le détroit d’Ormuz est quasi verrouillé, le Brent a dépassé 100 dollars, les Houthis ont ouvert un second verrou en mer Rouge, et Téhéran affirme que Washington prépare de nouvelles frappes, alors que l’Assemblée générale de l’ONU s’ouvre à New York. Voici le point complet, front par front.
En bref
- Situation générale : le mémorandum de 60 jours conclu en juin a expiré le mois dernier. Les combats de grande ampleur sont suspendus depuis des mois, mais les attaques se multiplient autour d’Ormuz.
- Ormuz : l’Iran maintient le détroit fermé tant que les États-Unis n’auront pas tenu leurs engagements. Washington, lui, maintient le blocus des ports iraniens du sud.
- Énergie : le Brent évolue autour de 105-108 dollars, un niveau qui n’avait plus été atteint depuis l’été.
- Diplomatie : le Qatar et le Pakistan servent d’intermédiaires. L’Iran a transmis six conditions ; Donald Trump se dit en « mode décision » et n’exclut ni frappes, ni pression économique, ni accord.
- Nucléaire : des députés iraniens ont déposé un projet de loi pour quitter le Traité de non-prolifération (TNP).
Où en est la guerre entre l’Iran, les États-Unis et Israël aujourd’hui ?
Il faut oublier l’image d’un front unique. Depuis l’été, le conflit ressemble à une guerre de verrous : chaque camp cherche moins à conquérir qu’à étrangler. L’Iran tient Ormuz ; les États-Unis tiennent les ports iraniens ; les Houthis, alliés de Téhéran, menacent la sortie de la mer Rouge ; Israël continue d’agir au Liban.
Un analyste de l’Australian Strategic Policy Institute résume l’impasse ainsi : Washington peut maintenir le blocus et sa supériorité aérienne sans contraindre l’Iran à capituler, tandis que Téhéran ne peut pas briser le blocus mais conserve assez de leviers asymétriques pour compliquer la vie de tous les autres.
Chronologie : de « Fureur épique » au mémorandum d’Islamabad
| Date | Événement |
|---|---|
| 28 février | Frappes américano-israéliennes (opérations « Fureur épique » et « Lion rugissant »). L’ayatollah Ali Khamenei est tué. L’Iran riposte sur Israël et sur les pays du Golfe abritant des bases américaines. |
| 2 mars | Le Hezbollah entre dans la guerre ; Israël lance une offensive au Liban. |
| 8 avril | Premier cessez-le-feu fragile ; prolongé sans limite de durée par Donald Trump le 21 avril. |
| 17 juin | Signature du mémorandum d’Islamabad : 60 jours de négociation, reprise de la circulation à Ormuz, dérogations sur le pétrole iranien. |
| 7-8 juillet | Nouvelles frappes américaines après des tirs sur des pétroliers ; les sanctions sur le pétrole iranien sont rétablies. Trump juge le mémorandum « fini ». |
| Août | Le mémorandum expire. Donald Trump annonce une « opération économique écrasante » contre Téhéran. |
| Début septembre | Offensive houthie au Yémen : prise de Mokha et de l’île de Perim, à l’entrée du Bab el-Mandeb. |
| 10-14 septembre | Le Brent franchit les 100 dollars, puis dépasse 108 dollars après l’arrêt de l’oléoduc saoudien Est-Ouest. |
| 20-21 septembre | Conditions iraniennes transmises via Doha ; Téhéran dit avoir des informations sur de nouvelles frappes américaines. |
Ormuz : le nœud du conflit
Le trafic s’effondre à nouveau : selon les données de suivi maritime citées par Al Jazeera, 12 navires de commerce ont traversé le détroit ce week-end, contre 35 le week-end précédent. Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a répété que le passage resterait fermé tant que les engagements américains ne seraient pas respectés.
Le détroit est le principal point de friction depuis le mémorandum de juin : Washington accuse l’Iran d’avoir tiré sur des pétroliers, Téhéran répond que ces tirs ont suivi des frappes américaines sur Bandar Abbas. Le responsable de la sécurité iranien Mohsen Rezaei affirme par ailleurs que Téhéran est à « un pas » d’annoncer un accord avec Oman pour gérer le passage, sous réserve d’un aval régional.
Pétrole : pourquoi le baril à plus de 100 dollars vous concerne
Avant la guerre, le Brent s’échangeait autour de 72 dollars. Il avait bondi à plus de 103 dollars dès la mi-mars, était retombé vers 78 dollars début juillet, puis est reparti à la hausse en septembre. Deux facteurs se cumulent :
- Ormuz reste fortement perturbé, alors qu’une part très importante des flux énergétiques mondiaux y transite.
- La voie de contournement saoudienne est elle-même fragilisée : l’oléoduc Est-Ouest est à l’arrêt après des attaques de drones, et les Houthis menacent la mer Rouge.
Conséquence pour le consommateur européen : une pression durable sur les carburants et sur l’inflation. L’OPEP a d’ailleurs revu à la baisse sa prévision de croissance de la demande mondiale pour 2026, signe que le marché redoute aussi un ralentissement.

de l’unité du porte-parole de Tsahal
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Yémen et mer Rouge : le deuxième verrou
Entré dans le conflit régional en juillet, le Yémen est devenu en quelques semaines un front majeur. Début septembre, les Houthis se sont emparés du littoral yéménite de la mer Rouge, y compris les abords du Bab el-Mandeb, et frappent le sud de l’Arabie saoudite. Riyad se retrouve prise en tenaille entre deux détroits.
Les médias occidentaux décrivent les Houthis comme soutenus par l’Iran ; Mohsen Rezaei le dément et propose même une médiation entre le Yémen et l’Arabie saoudite. Il écarte aussi l’idée d’une fermeture du Bab el-Mandeb par l’Iran, qu’il présente comme une affaire strictement yéménite.
Liban : le front qui n’a jamais vraiment cessé
Malgré les cessez-le-feu successifs, le sud du Liban reste sous le feu. Début septembre, des frappes israéliennes ont tué plus d’une dizaine de personnes en une nuit, dont des enfants, selon les autorités libanaises. Le week-end dernier, deux soldats israéliens ont été blessés par un engin explosif attribué au Hezbollah, ce qui a entraîné de nouvelles frappes ; des chars israéliens et des forces libanaises se sont retrouvés face à face près de la zone tampon.
C’est aussi l’un des rares fronts où la France pèse directement : Emmanuel Macron a réuni le 17 septembre à Paris le président libanais Joseph Aoun et le roi Abdallah II de Jordanie, alors que la Force intérimaire de l’ONU (FINUL) doit se retirer à la fin de l’année.
Nucléaire : la menace de sortie du TNP
Un projet de loi « à triple urgence » prévoyant le retrait de l’Iran du TNP a été déposé au bureau du Parlement ; 130 députés ont par ailleurs signé un appel à lancer la procédure. Ses partisans invoquent le renvoi du dossier iranien devant le Conseil de sécurité de l’ONU par le conseil des gouverneurs de l’AIEA.
Mais rien n’est joué. Le texte ne peut être débattu qu’avec l’accord de Ghalibaf, qui garde ouvertes les options militaire et diplomatique. Mohsen Rezaei assure qu’aucune décision n’a été prise et que l’Iran continue de respecter la fatwa de Khamenei interdisant l’arme nucléaire, tout en refusant de s’engager pour l’avenir. Le pays affirme aussi que le monde serait « stupéfait » par les nouvelles armes qu’il emploierait en cas de nouvelle attaque : un message de dissuasion dont la réalité militaire n’est pas vérifiable.
Diplomatie : Doha, Islamabad et New York
L’Iran a fait parvenir aux Américains, par l’intermédiaire du Qatar, six conditions pour reprendre les discussions :
- l’arrêt de la guerre sur tous les fronts, Liban compris ;
- le déblocage de fonds iraniens gelés ;
- la levée du blocus naval des ports iraniens ;
- la fin de l’ingérence américaine dans les affaires intérieures iraniennes ;
- la fin du soutien américain aux « opposants à la révolution » ;
- l’arrêt de toutes les attaques contre le territoire iranien.
Ces exigences ressemblent beaucoup à celles du mémorandum de juin. Une différence notable : la question des réparations de guerre n’a pas été mentionnée. Washington n’a pas répondu publiquement. Donald Trump s’est dit ouvert à une rencontre avec le président iranien Massoud Pezeshkian en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, tandis que le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi a quitté Téhéran pour New York avec une escale à Doha.
Trois scénarios pour les prochains jours
Cette section est une analyse, pas une prévision : elle s’appuie sur les positions publiques et les avis d’experts cités par la presse.
1. Nouvelle salve américaine. L’armée iranienne assure avoir des informations sur des préparatifs américains et promet des représailles contre les bases américaines, en menaçant aussi les pays qui faciliteraient les frappes. C’est le scénario le plus dangereux pour le Golfe, dont plusieurs États ont déjà été touchés par des tirs iraniens.
2. Reprise des discussions sous égide qatarie. Un chercheur de King’s College London estime que Donald Trump veut boucler le dossier avant les élections de mi-mandat de novembre, et que les alliés du Golfe pousseront dans ce sens. Mais il souligne que les écarts de fond restent importants.
3. Statu quo dégradé. Un ancien responsable du Pentagone juge que Washington verra les conditions iraniennes comme une capitulation. Sans percée, le scénario central pourrait être celui d’un conflit « gelé » : ni paix, ni guerre totale, avec des incidents à Ormuz, un blocus maintenu et un pétrole durablement cher.
FAQ : ce que les internautes demandent
Quand la guerre entre l’Iran, Israël et les États-Unis a-t-elle commencé ?
Le 28 février 2026, avec une campagne de frappes conjointes américano-israéliennes sur l’Iran qui a causé la mort du guide suprême Ali Khamenei. L’Iran a riposté contre Israël et contre des pays du Golfe accueillant des bases américaines.
La guerre est-elle terminée ?
Non. Un cessez-le-feu fragile (avril), puis un mémorandum de 60 jours (juin) ont réduit l’intensité des combats, mais ce mémorandum a expiré et les attaques ont repris autour d’Ormuz.
Pourquoi le détroit d’Ormuz est-il si important ?
Il relie le Golfe à la mer d’Arabie et voit passer une part considérable du pétrole et du gaz mondiaux. Sa fermeture, même partielle, fait monter les prix de l’énergie partout dans le monde.
Pourquoi le pétrole dépasse-t-il 100 dollars ?
Parce que deux routes d’exportation sont menacées à la fois : Ormuz côté Golfe et la mer Rouge côté saoudien, où les Houthis progressent.
L’Iran va-t-il quitter le TNP ?
Un projet de loi a été déposé, mais il n’a pas été débattu et les responsables iraniens disent qu’aucune décision n’est prise. La suite dépend en partie de l’attitude de Washington.
Qui joue les médiateurs ?
Principalement le Qatar et le Pakistan, selon Téhéran. Doha indique avoir reçu des assurances américaines sur la volonté de parvenir à un accord.
Sources:
Article rédigé le 21 septembre 2026 à partir de : Al Jazeera (direct et analyses des 8 juillet, 20 et 21 septembre) ; franceinfo ; Radio-Canada ; France 24 ; La Presse ; Le Devoir ; Euronews ; The Times of Israël ; Tasnim et Tehran Times (positions iraniennes) ; Fondation pour la recherche stratégique ; Wikipédia (chronologie générale) ; Arms Control Association (contexte TNP).



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