Cap-Haitien : Entre héritage de ruines et espoir de renouveau, le défi colossal d’Angeline Bell

Cap-Haitien : Entre héritage de ruines et espoir de renouveau, le défi colossal d’Angeline Bell

Par Yvens Jean Baptiste

Huit mois. C’est le temps écoulé depuis la nomination d’Angeline Bell à la tête de la municipalité du Cap-Haïtien. Pour certains, c’est un délai suffisant pour exiger des résultats visibles. Pour ceux qui connaissent la réalité du terrain, c’est à peine le temps de constater l’ampleur d’un désastre qui couve depuis plus d’une décennie. Car, il faut être honnête : 8 mois après sa nomination à la municipalité du Cap-Haïtien, la mairesse du Cap-Haïtien Angeline Bell n’a aucun baguette magique pour faire des miracles.

Le bilan des dix dernières années, bien avant l’arrivée de la mairesse, est celui d’une ville systématiquement abandonnée. Comment exiger une circulation fluide ou une gestion efficace des eaux quand, pendant plus de dix ans, aucun canal n’a été curé de manière systématique ? L’obstruction des égouts n’est pas un phénomène récent, c’est le résultat d’une sédimentation chronique que huit mois de gestion ne peuvent effacer d’un trait de plume.

Plus grave encore, le Fonds d’Entretien Routier (FER) semble avoir rayé le Cap-Haïtien de sa carte. Aucune intervention sérieuse pour l’entretien des routes n’a été signalée depuis une décennie. Les nids-de-poule sont devenus des cratères, et la situation a été aggravée, il y a deux ans, par les travaux de la DINEPA. En démolissant les rues pour installer des tuyauteries sans assurer une réfection adéquate, l’organisme a laissé derrière lui un paysage lunaire, transformant la ville en un chantier permanent et poussiéreux.

L’environnement, poumon de cette cité historique, subit lui aussi les contrecoups d’un abandon étatique. Depuis dix ans, le ministère de l’Environnement brille par son absence. Aucune politique de prévention, aucun plan de reboisement des mornes environnants, aucune mesure pour protéger la baie. Le Cap-Haïtien se retrouve seul face aux menaces climatiques, avec une municipalité qui dispose de moyens dérisoires face à des enjeux nationaux.

L’insalubrité, un autre fardeau, illustre parfaitement le divorce entre l’État central et la cité christophienne. La ville semble avoir été délaissée par le Service National de Gestion des Résidus Solides (SNGRS), laissant les autorités locales gérer des montagnes de déchets avec des équipements obsolètes ou inexistants.

Dans ce contexte de déshérence, la question se pose : que peut réellement faire une administration communale en huit mois ?

La gestion d’une ville comme le Cap-Haïtien ne demande pas seulement de la volonté politique, elle nécessite des ressources financières et une synergie avec les instances nationales. On ne répare pas dix ans de routes détruites, dix ans de canaux bouchés et deux ans de démolition hydraulique en quelques semaines, surtout quand les caisses sont vides et que le support technique du pouvoir central fait défaut.

La mairesse Angeline Bell se retrouve aujourd’hui au chevet d’un grand corps malade. Pour que le miracle se produise, il faudra bien plus que des discours : il faudra que l’État central assume enfin ses responsabilités envers la deuxième ville du pays, et que les institutions comme le FER, la DINEPA et le SNGRS cessent de traiter le Cap-Haïtien comme une province oubliée.

Huit mois, c’est le temps du diagnostic et des premières urgences. Le temps de la reconstruction, lui, exigera une patience et des moyens que la magie seule ne saurait fournir.

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