Andy Beshear et le « Great American Reset » : le pari démocrate pour 2028
Un gouverneur démocrate réélu dans un État où Donald Trump a gagné de plus de 25 points, un livre qui cite l’Évangile, et une consigne aux siens : parlez comme des gens normaux. À quelques jours de la sortie de Go and Do Likewise, Andy Beshear avance ses pions pour 2028, sans encore dire qu’il sera candidat.
L’essentiel en 5 points
- Le livre : Go and Do Likewise: How We Heal a Broken Country (St. Martin’s Press) sort le 22 septembre 2026. Le titre reprend la parabole du Bon Samaritain.
- Le concept : le « Great American Reset » tient en une idée, celle du voisin qui n’est pas « l’ennemi de l’intérieur », mais quelqu’un qui fait de son mieux.
- Le style : Beshear veut que les démocrates abandonnent le jargon militant pour un langage simple.
- La décision : il attendra les élections de mi-mandat de novembre et l’avis de sa famille avant de trancher pour 2028.
- Le défi : populaire chez lui, il reste peu connu au niveau national et plafonne à un chiffre dans la plupart des sondages.
Qui est Andy Beshear ?
À bientôt 49 ans, Andy Beshear est le 63<sup>e</sup> gouverneur du Kentucky. Il a pris ses fonctions en décembre 2019 en battant le républicain sortant Matt Bevin, puis a été réélu en 2023, dans un État que Donald Trump avait remporté de 26 points en 2020. Il dirige aujourd’hui l’Association des gouverneurs démocrates (DGA).
Son profil est atypique pour un démocrate national : petit-fils de pasteurs laïcs baptistes, diacre de son église à Louisville, fils d’un ancien gouverneur du Kentucky, Steve Beshear. Et il reste, selon le baromètre Morning Consult du quatrième trimestre 2025, le gouverneur démocrate le plus populaire du pays, avec 65 % d’opinions favorables dans son État.
Sa mandature s’achève fin 2027. C’est l’horizon qui structure toute sa stratégie.

Gouverneur Andy Beshear
Domaine public
Le « Great American Reset » : de quoi parle-t-on ?
L’expression apparaît dans le livre et dans l’entretien accordé à Robert Costa pour CBS News Sunday Morning. Beshear ne l’a pas construite comme un programme chiffré, mais comme un état d’esprit : les Américains ont déjà traversé une guerre civile et le maccarthysme (dont il accuse l’administration actuelle de ressusciter certains réflexes) et ils peuvent, selon lui, tourner la page de la polarisation actuelle.
Sa formule-clé : ton voisin n’est pas un ennemi, il est un voisin. La politique proposée est donc moins un « reset » institutionnel qu’un reset de ton, ce que ses partisans y voient comme une force et ses détracteurs comme un manque de contenu.
Parler « normal » : la bataille des mots
C’est l’un des messages les plus concrets de sa tournée médiatique. Beshear estime que les démocrates ont laissé s’installer un vocabulaire d’experts, né de bonnes intentions (réduire la stigmatisation), mais devenu opaque pour le grand public. Il résume sa thèse ainsi : « We’ve got to sound like normal human beings ».
« Faim » plutôt qu’« insécurité alimentaire »
Son exemple préféré est parlant. L’expression « insécurité alimentaire » ne dit rien, selon lui, de ce que vit une famille qui saute des repas, alors que le mot « faim » traduit à la fois la réalité et la compassion. La stigmatisation, argue-t-il, ne recule pas quand on change les mots, mais quand on change les cœurs.
Le point mérite d’être noté pour tous ceux qui suivent la communication politique américaine : c’est un plaidoyer pour la clarté, pas pour un virage idéologique. Beshear insiste au contraire pour que son camp ne renonce ni à ses positions progressistes ni à sa foi.
La foi, terrain de reconquête démocrate
Longtemps associée à la droite américaine, la religion est au cœur de son projet. Interrogé par CBS sur la nécessité, pour les démocrates, de mieux parler aux croyants, il répond par l’Évangile : la multiplication des pains devient, sous sa plume, un argument pour l’aide alimentaire aux enfants et aux retraités.
Il accuse dans la foulée l’administration Trump d’avoir tenté de suspendre les aides alimentaires SNAP pendant un blocage budgétaire, ce qui, dit-il, n’a rien de chrétien. Notons qu’il s’agit ici de sa lecture des faits, présentée comme telle dans l’entretien.
Le duel à distance avec J.D. Vance
Beshear cible sans détour le vice-président, autre politicien qui parle de foi et candidat probable à l’investiture républicaine. Selon lui, il utilise la foi pour élever quand Vance s’en sert pour juger. Il s’en prend aussi à Hillbilly Elegy, qu’il qualifie de « tourisme de la pauvreté » à l’égard des Appalaches, et rappelle que des laboratoires avaient inondé certains comtés d’opioïdes.
Ce sont des attaques politiques, donc des jugements, et pas des constats neutres. Mais elles disent beaucoup de la ligne : Beshear se pose en candidat anti-Vance avant même d’être candidat.
Le bourbon, les droits de douane et la politique locale
Le gouverneur a choisi un décor symbolique pour son entretien : le rassemblement de l’Association des distillateurs du Kentucky, à Louisville. Le Kentucky produit 95 % du bourbon mondial, selon l’association, et la guerre commerciale avec le Canada le touche de plein fouet.
Vérification des chiffres. Beshear affirme que les ventes de bourbon au Canada ont chuté de 85 %. D’autres sources vont dans le même sens, avec des mesures différentes : selon le DISCUS, les exportations américaines de spiritueux vers le Canada ont reculé de près de 70 % en 2025 (environ 89 millions de dollars, contre 250 millions auparavant), et la Maison-Blanche évoque une baisse d’environ 81 % des importations canadiennes d’alcools américains entre mars 2025 et février 2026. L’ordre de grandeur est donc cohérent, mais le chiffre exact dépend de la période et du périmètre retenus.
Le contexte s’est encore tendu en juillet 2026, lorsque Donald Trump a signé des droits de douane de 50 % sur la plupart des produits canadiens. Les distillateurs, eux, gèrent déjà un stock record d’environ 17 millions de barils.
Pour Beshear, l’enjeu dépasse la boisson : il illustre sa méthode, qui consiste à partir d’un problème très local pour dénoncer une politique nationale. Il prend soin de dire qu’il ne blâme pas les Canadiens, mais un président qui, selon lui, les a insultés.
Un outsider du Sud pour 2028 ? Forces et limites
Ce qui joue en sa faveur
- Un profil de gagneur en terrain hostile. Élu puis réélu dans un État très républicain, il défend l’idée que les démocrates peuvent gagner dans le Sud.
- Le précédent Carter-Clinton. Il rappelle que Jimmy Carter et Bill Clinton, tous deux anciens gouverneurs du Sud, ont su l’emporter. Il vante l’expérience d’un exécutif qui doit boucler son budget chaque année.
- Un dispositif déjà rodé. Présidence de la DGA, contrat de podcast, passage à Davos, tournée de promotion avec des étapes au New Hampshire et au Michigan, deux États-clés du calendrier des primaires.
- Un positionnement clair. Il dit ne pas vouloir d’un « Trump démocrate » et parie sur un style rassembleur.
Ce qui reste à prouver
- La notoriété. Un sondage de l’Université du New Hampshire (octobre 2025) montrait que 53 % des électeurs démocrates probables ne le connaissaient pas assez pour avoir un avis.
- Des sondages modestes. Emerson lui donnait 9 % en mai 2026, derrière Pete Buttigieg (18 %), Gavin Newsom (16 %) ou Alexandria Ocasio-Cortez (11 %). D’autres enquêtes le placent entre 1 % et 4 %.
- La concurrence. Aucun candidat n’est officiellement déclaré, mais le champ démocrate est déjà encombré, avec Newsom, Buttigieg, Harris, Shapiro ou Ocasio-Cortez.
- Le message. L’appel à la bienveillance peut séduire, mais il sera scruté : les primaires démocrates récompensent souvent l’affrontement plus que la conciliation.
Autre nuance : Beshear se présente en « outsider », alors qu’il est fils d’un gouverneur. Il en plaisante volontiers, rappelant qu’il avait été l’avocat de son père.
Et maintenant ? Les dates à suivre
- 20 septembre 2026 : entretien sur CBS News Sunday Morning et première étape de la tournée du livre, à Lexington.
- 22 septembre 2026 : sortie de Go and Do Likewise.
- Novembre 2026 : élections de mi-mandat, après lesquelles il compte décider.
- Fin 2027 : fin de son mandat de gouverneur.
- 2028 : primaires démocrates, dont le « Super Tuesday » est prévu le 7 mars.
FAQ : ce qu’il faut savoir sur Andy Beshear
Andy Beshear est-il candidat à la présidentielle de 2028 ?
Pas officiellement. Il affirme qu’il décidera après les élections de mi-mandat et après avoir consulté sa femme et ses deux enfants. Il n’a pas exclu de se présenter.
Qu’est-ce que « Go and Do Likewise » ?
C’est son livre, sous-titré How We Heal a Broken Country, publié par St. Martin’s Press le 22 septembre 2026. Il s’inspire de la parabole du Bon Samaritain pour plaider en faveur de la compassion en politique.
Qu’entend-il par « Great American Reset » ?
Une réconciliation nationale fondée sur la bienveillance envers ses voisins, plutôt que sur la désignation d’un ennemi intérieur. C’est un cadrage moral avant d’être un programme législatif.
Pourquoi parle-t-il autant de religion ?
Parce qu’il estime que la foi a été détournée par certains responsables républicains et que les démocrates ne doivent pas lui tourner le dos. Il est lui-même diacre dans son église.
Pourquoi le bourbon revient-il dans son discours ?
Parce que le Kentucky en est le cœur mondial et que les tensions commerciales avec le Canada pèsent sur ses ventes à l’export. Il en fait un argument contre les droits de douane du président Trump.
Notre analyse
Beshear ne propose pas un programme, mais une posture : celle d’un démocrate de terrain, croyant, allergique au jargon et convaincu qu’on change les esprits en touchant les cœurs. Sa réussite dépendra de sa capacité à transformer ce ton en propositions concrètes, et à franchir le mur de la notoriété avant que le calendrier des primaires ne s’accélère. Le livre qui sort cette semaine est son premier vrai test national.
Sources
- CBS News, « Democrat Andy Beshear on pursuing « The Great American Reset » », Robert Costa, 20 septembre 2026 : https://www.cbsnews.com/news/democrat-andy-beshear-on-pursuing-the-great-american-reset/
- CBS News, extrait du livre : https://www.cbsnews.com/news/book-excerpt-go-and-do-likewise-by-andy-beshear/
- St. Martin’s Press, présentation de l’ouvrage : https://static.macmillan.com/static/smp/go-and-do-likewise-9781250452719/
- Kentucky Lantern, tournée de promotion du livre : https://kentuckylantern.com/briefs/beshear-tour-to-support-his-upcoming-book-two-stops-are-in-states-with-early-primaries/
- Washington Examiner, annonce du livre (18 février 2026) : https://www.washingtonexaminer.com/news/campaigns/presidential/4461353/beshear-latest-democrat-memoir-2028-election/
- Yahoo News, entretien CNN sur 2028 : https://www.yahoo.com/news/articles/governor-heavily-hints-2028-campaign-172406797.html
- Spectrum News, Morning Consult (3 février 2026) : https://spectrumnews1.com/ky/louisville/news/2026/02/03/andy-beshear-morning-consult-poll
- NBC News, réélection 2023 : https://www.nbcnews.com/politics/elections/2023s-biggest-election-resilient-dem-governor-vs-ascendant-kentucky-go-rcna84704
- Fox News, exportations de whiskey vers le Canada (DISCUS) : https://www.foxnews.com/politics/us-whiskey-exports-canada-collapse-nearly-70-after-trump-tariff-fight.print
- WKYT, droits de douane et bourbon (juillet 2026) : https://www.wkyt.com/2026/07/20/kentucky-bourbon-industry-faces-new-pressure-us-canada-renewed-trade-tensions/ et https://www.wkyt.com/2026/07/22/kentucky-bourbon-industry-still-managing-record-inventory-last-canada-tariff-dispute-new-ones-are-signed/
- Newsweek, Kentucky Distillers’ Association (95 % du bourbon mondial) : https://www.newsweek.com/kentucky-bourbon-boss-bemoans-canada-tariffs-americans-will-suffer-2040605
- The Hill, sondage Emerson (28 mai 2026) : https://thehill.com/homenews/campaign/5898010-pete-buttigieg-democratic-presidential-primary-poll/
- UNH Survey Center, sondage sur les candidats démocrates potentiels : https://scholars.unh.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=1898&context=survey_center_polls



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